Préface de Madame Edmond Rostand

Adrien Sporck éditeur
48, Rue Cambon—Paris

Tous droits de reproduction réservés pour tous pays,
y compris la Suède, la Norvège et le Danemark

Copyright 1921 by Adrien Sporck

Grav. et Imp. par RICHER et Cie (Succrs de GILLOT)

Table.

Pages
Gai-gai, marions-nous.[2]
Marche des Rois.[3]
Si le Roy m'avait donné.[4]
Les Cloches de Nantes.[6]
Le Petit Chasseur.[8]
En passant par la Lorraine.[10]
Alleluia![12]
Le roi d'Yvetot.[13]
Jésus s'habille en pauvre.[17]
La Tentation de Saint-Antoine.[20]
La Violette double.[22]
Lauterbach.[24]
Le Pont du Nord.[27]
Allons, chasseur, vite en campagne.[30]
Chanson des Fleurs.[32]
Semons la Salade.[34]
Voici la Noël![36]
La Rose du Rosier blanc.[38]
La petite Lingère.[40]
Allez-vous-en, Gens de la Noce.[41]

LES CHANSONNETTES SONT DES FLEURS

Les chansonnettes sont des fleurs Qui fleurissent au ciel de France: L'une a la légère lueur Des anémones de Provence; L'autre des tulipes du Nord A la lumière un peu rouillée, Et l'autre est une rose au bord D'une grande forêt mouillée. L'une est pâle comme l'amour, L'autre est presque une étoile blanche; Il y en a pour tous les jours, Il y en a pour les dimanches; Qu'elles entrent dans la maison Ou sortent de la maisonnette, Les chansons et les chansonnettes Sont des fleurs des quatre saisons. Des fleurs, tout comme la jonquille, La giroflée et le muguet, Puisqu'on en met de gros bouquets Dans les bras des petites filles, Et puisque, dans tous les jardins Et sur tous les gazons du monde, On en fait, en nouant des mains, Des couronnes qui sont des rondes. Les chansonnettes sont des fleurs Qu'on cueille, avec des doigts agiles, Non dans le parc de Tintagiles Ni sous le cloître d'Elseneur, Mais sûrement autour des marbres De nos vieux parterres français, Et peut-être au pied du grand arbre Où grimpa le Petit-Poucet! Les chansonnettes dont s'enivre Le vent parmi des cheveux blonds Sont des fleurs pensives que l'on Peut mettre à sécher dans des livres; Et souvent, après des années, On retrouve entre deux feuillets Une rose?... Non!... Un œillet?... Non!... mais une chanson fanée! Les chansonnettes sont des fleurs Que toutes nous avons cueillies Lorsqu'on laissait dans les prairies Batifoler nos jeunes cœurs; Et, la plus "gardeuse de chèvres" Comme la plus "fille de rois", Toutes nous avons, de nos lèvres. Juré de n'aller plus au bois. Toutes, sous l'ombre des grands chênes, Voire sous le grand soleil, nous Avons chanté la Marjolaine Et nous avons planté des choux; Et, parmi les herbes en huppes Comme sur le trèfle râpé, Nous avons parfumé nos jupes Du parfum des lauriers coupés. Les chansonnettes que l'on chante Du temps que l'on avait sept ans Sont de chères plantes grimpantes Qui vont plus haut que le Printemps; Quand par hasard elles s'échappent, Rien ne peut plus les retenir: Elles montent, de grappe en grappe, Jusqu'au toit bleu du souvenir. Double bémol et triple croche, Elles montent, sans avoir l'air; D'un brin de feuille elles s'accrochent Au coin d'un petit volet vert; L'une a des cheveux de glycine Et l'autre la gueule d'un loup; D'autres dansent la capucine... Toutes tremblent autour de nous. Les chansonnettes merveilleuses Qu'on chantait du temps qu'on a peur De dormir la nuit sans veilleuse Sont de miraculeuses fleurs, Des fleurs qu'il est toujours d'usage, Quand leur éclat s'est effacé, De porter non sur un corsage, Mais sur le voile du Passé! Ce sont elles les fleurs touchantes De nos beaux jardins d'autrefois; On les sait sur le bout des doigts, Puis du fond de l'âme on les chante. Un sourire... deux mots... trois pleurs... Et voici que l'on se rappelle... Les chansonnettes sont des fleurs Puisque nous nous penchons sur elles!

GAI-GAI, MARIONS-NOUS