CHAPITRE XV

ou le lecteur retourne en norwège

Dans l'été de cette même année 993, où s'était accompli le drame de Lidarende, le fameux pirate Melkolf était l'effroi des côtes scandinaves. Sa flottille, composée de six longs bâtiments, les plus véloces qu'on eût encore vus, courait sans cesse du cap Nord au Smaaland (Suède), jetant le grappin à tous les navires, et portant même la désolation jusque dans le fiord de Christiania.

Vainement le jarl Hakon avait-il lancé ses meilleurs marins à la poursuite de l'escadre écumeuse; il semblait que les tempêtes seules pussent affranchir les mers boréales du tribut qu'y prélevait le viking.

Un jour que Melkolf était aux aguets au fond d'une anse du nord de l'Écosse, il vit déboucher dans la baie un bateau qui venait des Orcades et portait à sa proue une tête de griffon. Immédiatement il donna l'ordre de lui courir sus.

L'autre n'essaya pas même de battre en retraite. En un clin d'œil il fut entouré et son équipage sommé de se rendre. Sur l'avant-pont se tenaient trois jeunes gens de haute taille et à la mine fière, que le pirate, du premier coup d'œil, avait reconnus pour des Islandais.

*
* *

C'étaient, en effet, les trois fils de Nial, Skarphédin, Helge et Grim, qui, sur le conseil de leur père, désireux d'offrir à leur humeur belliqueuse et remuante le dérivatif des lointaines aventures, s'étaient embarqués, comme jadis Gunnar, pour la terre de Norwège. Un coup de vent les avait détournés de leur route et poussés dans la direction de l'Écosse.

Quoique disposant à peine du cinquième des forces qu'avait le viking, Skarphédin n'hésita pas un instant: d'un signe il commanda le combat, et lui-même, pour donner l'exemple, assena au pilote du navire qui se trouvait bord à bord avec le sien un tel coup de sa hache Rimegyge sur la tête, que l'homme s'abattit pour ne plus se relever.