Le jarl, encore déçu dans ses investigations, regagne de nouveau la rive. À peine y a-t-il posé le pied, qu'il se rappelle avoir vu sur le pont des sacs éminemment propres à servir de cachettes, et pour la troisième fois il retourne au navire.

Mais Thraen déballe aussitôt son hôte, et l'enveloppe dans la voilure qui était repliée sur la vergue. Derechef le jarl en est pour sa peine. Ce n'est qu'à terre qu'il lui paraît clair comme le jour que le bandit s'est fourré dans la voile. Mais, entre temps,—c'était à la brune,—un vent favorable s'étant levé, Thraen en avait profité pour prendre le large.

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Le jarl, furieux de sa déconvenue, part aussitôt avec quatre chaloupes de guerre pour atteindre le navire des fils de Nial, qui n'ont pas encore dérapé, et qu'il croit complices de la perfidie de Thraen. Ceux-ci, en voyant venir la flottille, devinent de quoi il s'agit, et se mettent immédiatement en défense. Un combat s'engage, et les trois frères, n'étant pas en force, sont capturés.

Comme, dans les idées du Nord, une exécution nocturne passait pour une sorte de meurtre et de félonie, on garrotte les prisonniers avec le dessein de les mettre à mort le lendemain. Mais dans la nuit ils rompent leurs liens, se glissent en silence par-dessus bord, et, ayant gagné la côte à la nage, ils ont la chance de rencontrer un navire qui était justement celui de Kare.

Ils racontent à leur ami ce qui leur est arrivé par la faute de Thraen, et se déclarent prêts à marcher contre le jarl pour tirer vengeance de l'outrage odieux qu'il leur a infligé; mais Kare les détourne de ce projet insensé.

«Je vais, dit-il, lui parler moi-même de l'affaire en lui remettant le tribut que Sigurd m'a chargé de lui porter; laissez-moi accommoder le différend.

Effectivement, grâce au concours que lui prête le propre fils d'Hakon, il obtient de ce prince un dédommagement pour Skarphédin et ses frères. Quelque temps après, ces derniers, ajournant leur retour en Islande, regagnent avec leur ami les orcades, où ils passent encore un hiver, admirablement traités par Sigurd. Le printemps venu, ils accompagnent Kare dans de nouvelles expéditions aux Hébrides, en Écosse, dans le pays de Galles et à l'île de Man. De chacune de ces courses aventureuses ils rapportent un surcroît d'honneurs et de richesses. Enfin, l'été de la troisième année après leur départ de l'Islande, ils prennent congé de l'excellent comte qui leur a offert une si bienveillante hospitalité, et cinglent avec Kare vers la Terre-de-Glace.


CHAPITRE XVI