La troupe gagna rapidement les hauteurs d'où l'on dominait le chemin de Dal, et là elle mit pied à terre pour interroger l'horizon.

L'attente ne fut pas longue. Au bout de quelques minutes on discerna dans la brume légère qui couvrait le fond de la vallée un gros d'hommes à cheval côtoyant la rive opposée de la Markar.

Les gens de Thraen,—car c'étaient eux,—aperçurent, eux aussi, le groupe aux aguets.

«Attention! s'écria l'un d'eux; j'ai vu là-haut, sur la colline, étinceler des armes.

—Eh bien, répondit Thraen, au lieu de traverser ici la rivière, nous allons continuer d'aller en avant. Libre à eux de nous rejoindre si le cœur leur en dit.

—Tiens! ils nous ont dépistés, fit de son côté Skarphédin; les voilà qui poussent droit devant eux. Passons bien vite la Markar.»

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Le fleuve était pris par les glaces; au milieu seulement il restait un chenal libre, de douze coudées environ de largeur. Les fils de Nial résolurent de le passer à cette place.

Skarphédin s'élança le premier sur l'arène luisante et rigide, et, arrivé près de la fissure, il la franchit d'un bond gigantesque. Ses compagnons l'imitèrent. Puis il courut sur Thraen, qui se trouvait un peu en amont. Celui-ci venait d'ôter son casque; avant qu'il eût le temps de le remettre, la hache Rimegyge, tournoyant dans l'air, lui fendit la tête jusqu'à la mâchoire supérieure. Quelques dents, détachées du coup, tombèrent sur le sol gelé avec un bruit sec. Skarphédin en ramassa une et la mit dans sa poche.

Tout cela fut l'affaire d'un clin d'œil. Quand les gens de l'escorte voulurent fondre sur l'impétueux agresseur, celui-ci avait déjà fait volte-face et était hors d'atteinte. Quelqu'un lui jeta par derrière un bouclier dans les jambes; mais Skarphédin esquiva l'obstacle, et en quelques sauts rejoignit Kare et ses frères stupéfaits.