—Ce que tu me dis me fait grand plaisir, répliqua l'orphelin, car je sais que tu lis dans l'avenir et que tu ne prononces jamais de vaines paroles.

—Écoute, poursuivit le vieillard, je me charge de t'élever, si tu y consens.»

Kelde accepta la proposition avec joie, de sorte que Nial l'emmena avec lui.

De jour en jour celui-ci s'attacha davantage à son protégé, qui, en grandissant, devint un beau et robuste jeune homme d'un naturel si doux et si généreux, que tout le monde l'aimait à l'envi. Non content de le traiter comme un fils, Nial n'eut point de répit qu'il ne l'eût fait élever au rang de gode, et ne lui eût procuré une alliance honorable avec la fille d'un chef influent nommé Flose.

Kelde, après son mariage, alla demeurer à Vorsaboï, bœr situé au nord de Bergtorsvol, que son père adoptif lui avait donné.

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En recueillant le fils de Thraen et en le comblant de ses bienfaits, Nial avait vu dans le jeune homme un gage de paix à interposer entre lui et ses ennemis. Quelques années, en effet, s'écoulèrent, et il se flattait de toucher au but, quand les rancunes implacables d'Halgierde rouvrirent soudain le cycle des tueries.

Un jour que Kelde, en compagnie de la veuve de Gunnar, était à dîner au bœr de Samstad, chez son oncle Lyting, Atle, un des fils de Nial, vint à passer dans le voisinage.

«Kelde, dit brusquement Lyting, ne veux-tu point venger ton père? Atle est là sur la route. Je suis disposé à te prêter mon concours.

—Ce serait mal reconnaître les bontés que Nial a eues pour moi, et ta provocation me fait honte!»