Celui-ci était assis au milieu du banc, ses hommes de guerre à ses côtés. Après un échange civil de saluts, Asgrim dit:

«Nous venons te prier de vouloir bien nous prêter assistance devant le tribunal.»

Thorkel répondit:

«Vous êtes allé déjà chez Gudmund, qui sans doute vous a promis son appui; qu'avez-vous donc besoin du mien?

—Gudmund ne nous a rien promis, reprit Asgrim.

—C'est que votre affaire probablement ne lui inspire pas beaucoup de sympathie, repartit le chef redouté. Je ne comprends guère, dans ce cas, la démarche que vous tentez auprès de moi. Avez-vous cru que je me laisserais plus aisément induire que Gudmund à épouser une méchante cause?»

Devant cet accueil peu amical, Asgrim ne répliqua rien; mais Thorkel, continuant:

«Quel est, dit-il, celui-ci, qui marche cinquième dans votre cortège, cet homme au visage pâle et dur, à l'air fatal, qui roule des regards si farouches?

—Je m'appelle Skarphédin, se hâta de riposter le fils de Nial, et je t'engage à ne point me persifler. On ne te voit pas souvent sur le ting, et, à dire vrai, tu fais beaucoup mieux de rester chez toi à garder ton bétail.»

Thorkel se leva d'un bond et tira son épée.