L'affaire paraissait à tous d'une extrême gravité; on écarta néanmoins tout d'abord l'idée d'une sentence de bannissement, la plupart du temps dépourvue de sanction[49], pour s'en tenir à une peine pécuniaire; mais on reconnut d'un commun accord que les coupables devaient être frappés d'une amende dont le taux fût encore sans exemple, et que cette amende devait être acquittée séance tenante jusqu'au dernier sou.
Ainsi fut-il résolu. Seulement, comme les défendeurs n'avaient pas avec eux la somme suffisante, et qu'il importait d'en finir le jour même, il fut décidé que chaque homme présent, à commencer par les arbitres eux-mêmes, y contribuerait,—suivant une coutume parfois pratiquée sur le ting,—en versant son appoint personnel par manière de provision et d'avance.
Tout le monde se prêta de bonne grâce à cet arrangement, tant on redoutait les complications dont ce procès exceptionnel semblait gros, et Nial alla chercher ses fils et son gendre pour qu'ils jurassent, eux aussi, l'accord intervenu avec Flose.
Par malheur, un incident, dont Nial lui-même fut la cause sans le vouloir, vint tout gâter au dernier moment. Il eut l'idée d'ajouter au tas d'argent, comme cadeau d'honneur pour le chef de la partie adverse, un manteau de soie du plus fin tissu.
«Voilà, dit Flose après avoir compté la somme, ce qui s'appelle des écus sonnants; mais qui donc m'a mis cela par-dessus le marché?» s'écria-t-il en levant en l'air le manteau.
Nul ne dit mot.
Flose répéta sa question avec un ricanement de moquerie, sans plus obtenir de réponse.
«Ainsi, cria-t-il derechef, personne n'ose faire connaître le propriétaire de cet atour de femme?
—Que veux-tu dire? demanda Skarphédin, que, pendant tout le cours de la procédure, son mauvais sourire n'avait point quitté.
—Je veux dire, puisque tu tiens à le savoir, que le propriétaire de cet objet ne peut être que ton blanc-bec de père! À lui seul sied un colifichet de ce genre, car, à le voir, on ne sait vraiment s'il est homme ou femme!