—Ce qu'il nous faudrait surtout, repartit Asgrim, ce sont des auxiliaires bien armés et qui n'aient pas peur...

—Je crois, en effet, répondit le gode, qu'il faut s'attendre à un cliquetis de fer. Écoutez-moi donc; j'irai avec vous devant les juges. S'il y a combat, et que vous ne soyez pas les plus forts, repliez-vous du côté de ma hutte; vous me trouverez prêt à vous soutenir avec tout mon monde. Si, au contraire, vous avez le dessus, et que vos adversaires veuillent s'enfuir vers les gorges de l'Allmannagia, où ils n'auraient plus rien à craindre de vous, je me charge de leur en fermer l'accès. S'ils se retirent d'un autre côté, libre à vous de les poursuivre; seulement, quand je jugerai l'instant venu, je m'avancerai avec tous mes gens pour vous séparer, et il faut, dans ce cas, que vous me promettiez de cesser immédiatement le combat.»

Gissur, Kare et Asgrim engagèrent leur parole de faire ce que le gode demandait; après quoi celui-ci ajouta:

«Un mot encore. J'ai vu à la main d'Eyolf un anneau qui n'y était pas il y a quelques jours. Ce doit être Flose qui l'en a gratifié pour prix de ses services juridiques; il est bon que vous sachiez ce détail.»

*
* *

Au jour fixé pour les débats, les deux parties se trouvèrent face à face, équipées et armées de pied en cap, au bas de la montagne de la Loi. De part et d'autre les hommes portaient un signe de reconnaissance à leur casque, pour le cas où l'on en viendrait au combat.

Ce fut, en effet, ce qui arriva. Après avoir usé à l'envi toutes les malices de la procédure, toutes les roueries compliquées de la chicane et les déclinatoires insidieux à l'usage des godes de tous les pays, les adversaires, exaspérés, en appelèrent à la force. Ce fut le jeune Thorald, fils d'Asgrim, qui donna le signal du conflit en se ruant sur un parent de Flose. Immédiatement une clameur guerrière emplit la vallée, et la sauvage mêlée s'engagea.

Kare tua, pour commencer, trois hommes de sa main, parmi lesquels Viarne, l'ami de Flose. Asgrim ne fut pas en reste. Skapte était accouru, lui aussi. Lorsqu'il aperçut son fils Holmud dans la suite de Gudmund le Puissant, il poussa un cri de fureur et s'élança pour rappeler le jeune homme; mais, atteint à la cuisse par un dard que Thorgier lui avait décoché, il tomba et ne put se relever. Il fallut que ses gens le traînassent par terre jusqu'à la cabane d'un pelletier qui se trouvait dans le voisinage.

Dès le début de la lutte, les vengeurs de Nial s'étaient partagés en deux groupes. L'un, conduit par Gudmund, Thorgier et Kare, avait attaqué ceux des chefs du Nord et de l'Est qui s'étaient déclarés pour la cause adverse; l'autre, à la tête duquel étaient Gissur, Asgrim et Thorald, s'étaient jetés sur Flose et les siens.

On se battit longtemps avec une vaillance égale des deux parts; à la fin pourtant ce furent les gens de Flose qui reculèrent. Déjà ils opéraient leur retraite vers les défilés de l'Allmannagia, quand Snorre le gode et sa troupe apparurent pour leur barrer le passage. Ils se replièrent alors vers le sud, le long de la rivière qui arrose la plaine.