À peine eut-on contourné l'un des promontoires qui la fermaient, qu'on y découvrit non pas seulement deux ellides, mais bien quatre, de la plus belle taille, et Halvard reconnut en outre, du premier coup d'œil, que le commandant de ces serpents de guerre avait lui-même aperçu la flottille et donnait l'ordre d'évoluer sur elle.
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Vaisseau normand au xe siècle.
«Qu'en dis-tu, mon fils d'armes? demanda-t-il aussitôt à Gunnar. Combattons-nous séparément, ou attachons-nous nos navires ensemble pour attendre l'assaut? Car, bien que ce pêcheur ait tout à fait mal compté sur ses doigts, je ne sache pas que, trois contre quatre, cela constitue, dans la circonstance, une disproportion appréciable.
—Attachons nos navires,» répondit Gunnar; et aussitôt le commandement fut transmis de relier les nefs en une seule ligne, opération pour laquelle il restait juste le temps nécessaire.
Déjà les cornes sonnaient la charge à bord des vaisseaux ennemis, qui venaient d'accomplir la même manœuvre et s'approchaient flanc contre flanc, la proue en avant, portés à la fois par leurs rames et par la marée refluante.
C'était l'ordre habituel des combats de mer en ce temps-là. Le premier objectif, de part et d'autre, était de rompre la masse ennemie, soit en coupant les attaches qui tenaient les navires adhérents, soit en forçant l'équipage adverse à les couper lui-même pour s'enfuir ou pour modifier sa tactique. Ce résultat une fois atteint, la bataille entrait dans une phase nouvelle, se transformait en une série d'actions isolées, de duels entre un vaisseau et un autre, où l'avantage final, d'ordinaire, restait au parti vainqueur dans le premier choc, attendu que la rupture d'une ligne présupposait tout d'abord une chose: à savoir que les ponts de la flottille opposée avaient été éclaircis de leurs hommes.
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Quand les deux lignes flottantes furent arrivées à portée de voix, il y eut de chaque côté un arrêt. Alors, du gaillard d'avant d'un des bords ennemis, une voix,—c'était celle de Vandel,—cria de loin aux arrivants: