«Certes, répondit Rut le premier, nous ne nous serions jamais attendus à ce qu'une alliance unît nos familles. Nous savons ce que tu vaux, Gunnar; aussi croyons-nous de notre devoir de ne te rien cacher de la vérité. Halgierde a ses qualités; mais on lui trouve aussi de graves défauts. Elle a déjà eu deux maris, et ses deux premiers mariages ont été loin d'être heureux...

—Voilà, interrompit vivement Gunnar, une noblesse de procédé que j'apprécie. J'aimerais mieux, moi aussi, que certaines choses fussent autrement que vous ne le dites... Néanmoins ne me refusez pas, ou je croirais que vous vous souvenez encore de notre ancienne contestation.

—Pas le moins du monde, reprit Hogi; nous entendons demeurer tes amis, même si cette union ne se fait pas. Es-tu bien résolu à la contracter?

—Je le suis, repartit Gunnar.

—Je vois, ajouta Hogi en souriant, que tu es capable de toutes les audaces. Halgierde est-elle au courant des choses?

—C'est elle-même qui m'envoie vers vous.»

Au même moment la jeune femme entra. Elle déclara elle-même ses fiançailles, et l'on régla les conditions de l'hymen.

Le lendemain, Gunnar courut à Bergtorsvol raconter l'événement à Nial. Ce dernier ne dissimula pas son mécontentement.

«Tu pouvais faire un meilleur choix, répondit-il, et ce que tu m'annonces éveille en moi de graves appréhensions pour l'avenir. Peut-être aurais-tu mieux fait de suivre mon conseil et de ne point paraître au présent alting.

—Kulskiag et moi nous tenions à y revoir une foule de braves gens, nos amis, et je t'assure que la réception qui nous a été faite là-bas ne cachait aucune pensée de jalousie.