Un jour, il dînait chez son frère en société de quelques amis. La fillette était en train de folâtrer par terre dans la salle avec d'autres enfants de son âge, quand son père l'appela tout à coup:

«Viens ici, mignonne!»

Halgierde accourut aussitôt, sa charmante figure animée par le jeu.

Hogi la prit doucement par le menton, l'embrassa, et, se tournant vers Rut son cadet:

«N'est-elle pas, lui dit-il, jolie à ravir?»

Comme Rut ne répondait pas, Hogi répéta sa question.

«Oui, oui, repartit enfin l'oncle, c'est, à coup sûr, une enfant ravissante... Mais, ajouta-t-il après un silence, je me demande toujours d'où sont venus dans notre famille ces yeux... dont je ne puis définir l'expression...»

Le propos vexa Hogi, et il s'ensuivit une courte bouderie entre les deux frères.

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* *

Les années s'écoulèrent. Halgierde devint chaque jour plus belle, et l'on put remarquer bientôt qu'elle était consommée dans l'art de plaire. Avec cela, prodigue, obstinée, rancunière, elle inquiétait de plus en plus le bon Rut; et le pis, c'était qu'un certain Tiolstolf, qui avait été son père nourricier, avait conservé sur elle une influence des plus pernicieuses.