«Tu es bien prompt à t'accommoder! lui dit-elle avec force sarcasmes; mais, quelque complaisance que tu montres, jamais tu n'obtiendras de moi que je demeure en reste avec Bergtora!»
Gunnar de répliquer froidement:
«Quoi que tu fasses aussi, jamais tu ne rompras, sache-le bien, le lien d'amitié que m'unit à Nial!»
CHAPITRE IX
suite des représailles
Hogi et Rut cependant étaient morts, et, à peu près à la même époque, l'oncle maternel d'Halgierde, le magicien Svan, du fiord des Ours, avait péri d'une façon mystérieuse.
Un jour de printemps qu'il s'en était allé à la pêche en mer, une tempête effroyable avait éclaté, et sa barque, précipitée contre un écueil, avait été mise en pièces. Quelques marins, qui se trouvaient non loin de là, assuraient avoir vu le naufragé voguer triomphalement sur les flots, escorté des «génies de l'abîme», jusqu'à un massif de rochers qui s'était entr'ouvert pour le recevoir; mais d'autres affirmaient qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans ce récit. Toujours est-il que depuis lors ledit Svan avait disparu, et nul n'en avait eu de nouvelles.
Il laissait un fils naturel, appelé Bryniolf, qui était un homme de la pire espèce, ne reculant devant aucun méfait. Halgierde se hâta de le mander, lorsque Kol eut été tué par Roste, pour le mettre à la tête de ses ouvriers. Gunnar ne fut point enchanté du choix; mais, comme il ne voulait fermer sa porte à aucun des parents de sa femme, il accepta ce nouveau serviteur, évitant seulement de lui parler en dehors des nécessités du travail.
À Bergtorsvol cependant Nial avait essayé de se défaire de Roste en l'envoyant vers les fiords de l'Est; mais, quelques jours après, le valet avait reparu, en disant qu'il était indigne d'un homme libre de paraître s'enfuir comme un vil esclave, et, sur les instances de Bergtora, on avait consenti à le garder au logis.