Sigmund entama aussitôt un chant où Nial et ses fils, affublés des sobriquets qu'Halgierde venait de leur donner, étaient l'objet de cent moqueries. Toute l'assistance en riait encore aux éclats, lorsque Gunnar, qui du seuil avait tout entendu, parut dans la chambre.

À l'aspect de son visage courroucé, l'hilarité générale s'éteignit.

«Fou que tu es! dit-il à Sigmund, voilà des couplets qui te coûteront la vie!»

Puis, s'adressant à ses gens:

«Si un seul d'entre vous répète cette chanson ou y fait seulement la moindre allusion, il sentira le poids de ma colère, et je le chasserai sur-le-champ.»

Là-dessus il sortit, et telle était la crainte qu'il inspirait, que nul n'osa plus souffler mot du chant satirique. Mais les mendiantes, pensant que Bergtora leur saurait gré de l'indiscrétion, se hâtèrent d'aller à Bergtorsvol et d'y narrer la scène en détail.

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Vers le soir, quand tout le monde fut à table, la femme de Nial se mit à dire:

«À propos, on vous a gentiment arrangés aujourd'hui, le père et les fils, et si vous avalez cet affront, c'est vraiment que vous avez des cœurs de brebis.

—Qu'est-ce donc?» demanda Skarphédin.