«Tu as fait quelque songe pénible? lui dit Kulskiag.

—Oui, un songe tel, que, si je l'eusse eu cette nuit à Tung, j'aurais laissé l'un de vous deux chez Asgrim.

—Explique-toi donc, demanda Hort.

—J'ai rêvé qu'une bande de loups nous attaquait près de Nafahole (c'était le nom des hauteurs qui se trouvaient un peu plus loin); moi et Kulskiag nous en abattions un bon nombre; mais Hort était mis en pièces, et un des fauves lui dévorait le cœur.»

Hort, à ce mot, se prit à rire; mais Gunnar ajouta d'un ton de voix très sérieux:

«Frère, veux-tu que je te donne un conseil? Retourne immédiatement à Tung.

—Je n'en ferai rien, certes, répliqua le jeune homme; j'entends te suivre, fussé-je assuré de mourir en route.»

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* *

Quelque temps après, tous les trois passaient la Ranga de l'ouest, et s'acheminaient du côté de Nafahole. En approchant des collines, ils aperçurent une troupe armée qui épiait leur marche. C'étaient les trois fils d'Otkel, Bork, Starkad et Égil, accompagnés d'une vingtaine d'hommes. Ils avaient eu vent du voyage de Gunnar, et avaient pris leurs dispositions afin de l'attaquer au retour.

Gunnar, à leur vue, piqua des deux, suivi de ses frères, vers une langue de terre proche de la Ranga qui lui semblait propre à la défensive. Ses ennemis l'y rejoignirent aussitôt.