—Cela est vrai, répondent les juges.

—Est-il vrai aussi, reprend Nial, que, quelques semaines auparavant, le même Starkad, de complicité avec Onund et Thorgrim, avait projeté d'attaquer Gunnar dans son propre bœr tandis que tous les gens de sa maison se trouveraient aux champs, et que ce coup de main ne manqua que parce qu'un pâtre de Thorosfield avait eu vent de ce qui se tramait?

—C'est encore exact, fit un juré; mais une composition en argent, fixée par un arbitrage à l'amiable, a réglé l'affaire dans le délai voulu.

—Eh bien, poursuivit Nial, je demande ici, au nom de Gunnar, que douze arbitres décident également dans l'instance présente. Gunnar pourrait légalement protester contre l'accusation dont il est l'objet de la part de Gissur, et solliciter un arrêt de déboutance...»

Des bruits confus s'élevèrent à ce mot de différents côtés de l'assemblée; Nial continua toutefois sans se troubler:

«...Mais Gunnar n'est point de ceux qui se dérobent quand il s'agit de verser le prix du sang, et, dût tout son avoir et le mien y passer, vous ne le trouverez jamais insolvable.»

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* *

Cette péroraison fut de nouveau suivie de murmures hostiles. Néanmoins un certain nombre de notables, après s'être consultés un instant, appuyèrent la requête de Nial, et le tribunal arbitral fut formé.

Gunnar et Kulskiag, retirés dans leur hutte, attendaient silencieusement la sentence.

Celle-ci fut prononcée le jour même. Elle fixait à un taux relativement modéré les indemnités pécuniaires à payer pour la mort de Starkad et de ses compagnons; mais elle déclarait Gunnar et son frère condamnés à un exil de trois ans.