—Certes non, je ne veux pas rompre ma parole, ni maintenant ni en aucun temps... Séparons-nous donc; mais dis aux miens que jamais je ne reverrai l'Islande, car j'ai la certitude de ta fin prochaine, et je ne saurais vivre ici sans toi.»
Ils se quittèrent, Kulskiag pour s'embarquer à destination des rives étrangères, Gunnar pour regagner Lidarende.
CHAPITRE XIV
le siège de lidarende—mort de gunnar
À l'alting suivant le gode Gissur déclara Gunnar «hors la loi», et, après la dissolution de l'assemblée populaire, assigna rendez-vous à tous les adversaires du banni dans cette sombre gorge de l'Allmannagia dont on a décrit le site au lecteur.
À cette nouvelle, Nial courut au plus vite prévenir son ami. Il lui offrit derechef le concours armé de ses fils, prêts, disait-il, à mourir pour lui; mais Gunnar, encore une fois, refusa fermement ce généreux sacrifice.
Quelque temps s'écoula. Le fils d'Hamund allait et venait comme de coutume, sans que personne fît mine de l'attaquer au dehors ou chez lui. C'est qu'on attendait la moisson, époque où tous ses gens allaient être occupés à faucher dans les îles voisines, et où il devait rester seul au logis avec Ranveige, sa vieille mère, sa femme Halgierde et un chien d'Islande appelé Sam, d'un instinct et d'un flair tellement merveilleux, qu'il discernait du premier abord l'ami de l'ennemi et n'aboyait jamais qu'à bon escient.
Au jour dit, les conjurés prirent donc le chemin de Lidarende. Arrivés près de la haie de Gunnar, ils firent halte pour se concerter. Le premier obstacle était Sam; il fallait tout d'abord se défaire de lui. Le chien, qui rôdait au dehors, vint de lui-même au-devant de son destin. À peine, en effet, eut-il aperçu le premier homme de la bande, qu'il lui sauta courageusement à la gorge. Un vigoureux coup de hache sur la tête eut raison du fidèle animal; mais avant de tomber mort il poussa un hurlement comme personne n'en avait jamais entendu.
Gunnar, qui reposait sur son lit dans la mansarde de son bœr, s'éveilla à ce cri de détresse.