Selon mon habitude, je m'étais écarté de mes compagnons. Arrêté au pied d'un arbre à la tête brisée, au sommet duquel il me semblait voir remuer quelque chose, je distinguai bientôt toute une famille d'opossums qui quittait sa retraite sans doute pour aller en quête de son repas. La mère s'avançait doucement sur la branche, arrondissant sa queue au-dessus de son dos des quatre pattes, elle se cramponnait aux aspérités de l'écorce; tandis que ses, petits, faisant à peu près le même mouvement, se cramponnaient à leur tour au dos de leur mère et s'accrochaient de leur queue, à la queue secourable qui leur était tendue.

La lune les éclairait en plein, et d'une balle j'aurais pu mettre fin à cette scène intime; mais j'avoue que je ne m'en sentis pas le courage; je fis taire mes instincts de chasseur et laissai cette mère et ses petits continuer tranquillement leur promenade.

Le lendemain, après nous être reposés de nos deux nuits de chasse, nous reprîmes le chemin de Robertville, où je restai encore quelques jours. Mais il fallut enfin se quitter: j'avais hâte, du reste, de revenir en France, et par un beau matin, je repris la route de Sidney, emportant de mon ami Robert, du vieux Dick, qui a voulu absolument me donner, préparée par lui, la peau d'opossum à la queue coupée par sa balle, le meilleur souvenir.

Depuis lors, j'ai fait bien des chasses, plus émouvantes et plus dangereuses que celle de l'Australie; mais, est-ce parce que je la faisais en compagnie d'un bon ami? je me rappelle toujours avec plaisir ma chasse à l'opossum.