Ne serez-vous pas, et maman aussi, très fiers après la guerre de vous dire, de pouvoir dire à tous: mon fils, notre enfant, a fait son devoir; et moi-même, auprès de vous, je marcherai la tête bien haute, fier de pouvoir chanter bien haut: «Dans cette lutte gigantesque, j'ai pris ma part, j'ai collaboré à cette oeuvre immense, j'y ai trempé mon courage, éprouvé mon énergie», et je ne souhaite qu'une chose, pouvoir dire jusqu'à la fin, comme je puis le faire aujourd'hui, jamais mon courage ni mon énergie n'ont faibli.
Je dirai même, mais ceci comme un enfant cause à ses parents, en pleine intimité et en toute franchise, et sans forfanterie de ma part: Si vous saviez comme je suis heureux, étant chef de section, de sentir autour de moi mes cinquante lapins qui ont en moi une confiance absolue. Il est une chanson bien douce à mon âme quand j'entends leurs conversations après une petite affaire, le soir au bivouac: «Avec le sergent Ollagnier, ça c'est un gars, j'irais n'importe où»; c'est un caporal de ma section qui disait cela. Eh bien! voyez-vous, je l'aurais embrassé, c'était aussi bon pour moi que si devant la brigade on m'eût donné la médaille militaire.
Malgré cela, n'ayez point trop d'inquiétude, je sais que j'ai non seulement à me garder pour vous, pour Germaine, mais aussi que les cinquante hommes de ma section ont aussi des mères, des femmes, des enfants.
Donc, je vous en prie, bien chers parents, pas de défaillances, même d'une minute. Ce serait m'ôter de mon courage, de ma confiance que de savoir que là-bas, bien loin, à la maison, maman se désespère.
J'attends une lettre dans laquelle maman me dira elle-même qu'elle a repris le dessus, et m'exhortant à avoir confiance.
Adieu, bien chers parents, recevez mes plus tendres embrassades.
OLLAGNIER.
Lettre écrite par le Sergent OUDET, Georges-Adolphe, 46e Régiment Territorial d'Infanterie, tombé glorieusement à l'ennemi, le 24 Août 1915, au bombardement de Nisslessmath.
20 Août.
Ma chère petite Lulu,