Enfin! ça y est, j'ai payé mon tribut à la Patrie et je vais me reposer un peu. Je suis blessé d'un éclat de grenade à l'épaule droite et j'ai été envoyé à l'arrière.
Je t'écris à toi directement pour que tu puisses prévenir maman et surtout qu'elle ne se fasse pas trop de soucis.
Je vous embrasse tous, tous, tous, de tout coeur, comme je vous aime.
PIERRE.
Dernières lettres écrites par le Soldat Louis-Joseph PENEL, du 174e Régiment d'Infanterie, 3e Bataillon, décédé à l'ambulance 9/21.
Ces deux lettres furent écrites le même soir et envoyées à la famille, sur le désir du mourant, à vingt-quatre heures d'intervalle.
10 Septembre 1918.
Ma chère Caroline,
Vous avez dû être bien étonnés en recevant la lettre que j'ai envoyée il y a trois jours à Antoinette. Je parlais de la vue; pour le moment, il n'en est plus question. Les gaz m'ont pris à la poitrine et, comme tu sais que j'ai toujours été faible, ils ont pris le dessus; ce sera long à guérir.
Ne vous faites tout de même pas trop de mauvais sang à mon sujet; si la maladie prend une autre tournure, je vous en aviserai aussitôt.