Je donne gaiement ma vie, en songeant que c'est une façon pour moi de racheter tous les sacrifices que vous vous êtes imposés.

Ne me pleurez pas trop, mais songez à moi.

Allons, le devoir m'appelle, j'y cours. Encore une fois de gros baisers.

Vive la France!

ROBERT.

Dernière lettre du Sergent Louis BIELER, 238e Régiment d'Infanterie Coloniale, disparu au combat de la Main-de-Massiges, le 25 Septembre 1915.

24 Septembre 1915.

Mon cher Père et mon cher Charley,

J'ai bien reçu vos bonnes lettres. Merci pour vos encouragements. Je les porte gravés dans mon coeur. Mon régiment attaque demain et ma compagnie est en première ligne. C'est vous dire, mes bien-aimés, que je touche à l'une des heures les plus solennelles de ma vie. Soyez sans inquiétude, j'ai fait ma paix avec Dieu, j'ai confiance en Lui et j'espère en sa bonté. Lui qui sonde les coeurs sait que j'ai horreur du sang. Je vais à la lutte sans haine contre nos ennemis, mais pour remplir mon devoir de bon Français, de soldat de la Liberté et de bon chrétien. Puissent les flots de sang généreux versés pour une cause sainte être le signal d'un magnifique renouveau pour notre France meurtrie … et puisse la paix du Seigneur régner à jamais entre les hommes.

Au revoir, mes bien-aimés. Merci pour votre bonne et réconfortante affection. Priez Dieu pour moi et pour votre fils et frère bien-aimé André et recevez les plus affectueux baisers de votre fils et frère.