Je ne vous en dis pas plus. Ayez confiance quand même et croyez que je reste malgré tout confiant dans le succès final.

Encore une fois, mille et mille baisers de votre fils qui vous aime.

HENRI.

Poème contenu dans la dernière lettre de Gabriel-Tristan FRANCONI, tombé au champ d'honneur le 23 Juillet 1918.

17 Juillet 1918.

PRIÈRE A LA FRANÇAISE

Le poing brisé d'avoir frappé l'envahisseur,
Permets que poursuivi par l'invincible mort,
De mon exil sonore, amante aux chairs perdues,
Je rêve aux soirs heureux où j'encerclais, vainqueur,
Et ne pressentant pas mon misérable sort,
En mes bras fortunés, ta jeunesse éperdue.

Vous aussi, notre mère, enclose en la maison
D'où jadis s'envolaient nos désirs d'hirondelle;
Toi, la plus tendre amie, aussi franche que belle;
Vous, la femme inconnue et pourtant désirée,
Anges éblouissants, Françaises adorées,
Recueillez les soldats épuisés sous vos ailes.

Ton orage implacable énerve l'horizon.

Quand la vapeur de soufre et les éclairs de flamme
Calcineront ce coeur qui vous a tant aimées,
Qu'il repose à jamais sur vos seins frémissants.
Ne laissez pas la boue ensevelir nos âmes.
Il serait dur qu'en vain fût versé notre sang,
Veuillez le recevoir en vos mains parfumées.