Les choses en étaient là vers 1641, lorsque Montausier, dans ses loisirs justement acquis, réunit et fit écrire par Jarry les madrigaux de sa fameuse Guirlande, qu'il avait conçue et préparée bien avant que d'en couronner sa charmante fiancée.

Quoiqu'il existât déjà plusieurs recueils de poésies italiennes sous le nom de Guirlande[ [11], le galant baron sut donner à sa fantaisie un cachet de nouveauté et d'originalité, qui surpassa les dons les plus merveilleux que l'amour ait pu faire éclore dans l'imagination des amants.

Ce manuscrit... Mais laissons, pour un instant, la parole à M. de Gaignères, l'auteur principal d'une Notice que la tradition a consacrée[ [12]. Charles Nodier, dans l'édition qu'il a donnée de la Guirlande, prétend qu'il y aurait quelque pédantisme à la remplacer par une autre; nous nous rangeons à l'avis de ce maître, et bien que la Notice en question soit assez confusément rédigée, nous nous contenterons de l'annoter et d'y ajouter les éclaircissements que nous croyons nécessaires.

Nous reproduisons donc ici cette Notice sans en changer l'orthographe et dans toute son intégrité[ [13]:

LE dessein de cet ouvrage est un des plus ingénieux et des plus galants qu'on pût imaginer en ce genre. M. Huet l'a appelé le chef-d'œuvre de la galanterie et a vanté la magnificence de son exécution[ [14]. On peut dire qu'elle n'a été en rien inférieure au projet.

Il a pour auteur feu M. le duc de Montausier[ [15] qui l'envoya, le jour de la fête de Julie-Lucine[ [16] d'Angennes de Rambouillet[ [17], à cette charmante personne dont il devint l'époux après en avoir été longtemps l'amant[ [18].

Comme cette fête arrivoit dans un temps où la terre ne produit pas assez de fleurs au gré des amants[ [19], celui-ci suppléa à la stérilité de la saison par cette guirlande.

Ce manuscrit commence par huit feuillets.

Les trois premiers sont en blanc. On lit au haut du recto du second le billet que l'abbé de Rothelin[ [20] écrivoit de sa main à M. de Boze[ [21], en lui faisant présent de ce beau livre:

Je prie M. de Boze de vouloir bien accepter le présent livre, et le placer dans son magnifique cabinet, comme une marque de ma tendre amitié.