Flosi se mit en route et vint à Kirkjubæ chez Surt, fils d'Asbjörn. De là, il envoya chercher Kolbein, fils d'Egil, son neveu, qui vint se joindre à lui.

Après cela, Flosi vint à Höfdabrekka. Là demeurait Thorgrim Skrauti, fils de Thorkel le beau. Flosi le pria de venir au ting avec lui. Il consentit à la chose et dit à Flosi: «Je t'ai souvent vu, messire, plus gai que maintenant; mais tu as de bonnes raisons pour qu'il en soit ainsi».--«Certes, dit Flosi, il s'est passé de tristes choses, et je donnerais tout ce que je possède pour que ceci ne fût pas arrivé. Du mauvais grain a été semé: mauvaise récolte en poussera».

Il partit de là, traversant la plaine d'Arnarstak, et fut à Solheima le soir. Là demeurait Lodmund, fils d'Ulf. Il était grand ami de Flosi. Flosi y passa la nuit. Au matin, Lodmund partit avec lui pour Dal, où ils passèrent la nuit. Là demeurait Runolf, fils d'Ulf godi d'Ör. Flosi dit à Runolf: «Nous allons savoir ici la vérité sur le meurtre d'Höskuld, godi de Hvitanes. Tu es un homme véridique, et bien informé; je croirai tout ce que tu me diras de leur querelle».--Runolf dit: «Il n'y a pas à mesurer ses paroles, et il a été tué sans la moindre cause. Sa mort a affligé tout le monde. Mais personne n'en a si grand deuil que Njal, son père d'adoption».--«Ils auront donc de la peine à trouver des gens qui leur viennent en aide», dit Flosi.--«Je le crois, dit Runolf, s'il ne survient rien».--«Qu'y a-t-il de fait?» dit Flosi. «Les voisins ont été cités à témoins, dit Runolf, et plainte a été portée pour le meurtre».--«Qui a fait cela?» dit Flosi.--«Mörd fils de Valgard» dit Runolf.--«Peut-on se fier à lui?» dit Flosi.--«Il est mon parent, dit Runolf, mais, s'il faut dire vrai, on dit de lui plus de mal que de bien. Maintenant je t'en prie, Flosi, apaise ta colère, et prends le parti qui amènera le moins de trouble; car Njal va te faire sans doute des offres honorables, et les hommes les meilleurs seront avec lui». Flosi répondit: «Viens donc au ting. Runolf, et tes paroles pourront beaucoup sur moi; à moins que les choses ne tournent plus mal qu'il ne faudrait». Ils n'en dirent pas d'avantage, et Runolf promit de venir. Il envoya un message à Haf le sage, son parent, qui arriva aussitôt. Flosi partit de là et vint à Vörsabæ.


CXVI

Hildigunn était dehors et dit: «Il faut que tous mes serviteurs sortent quand Flosi entrera dans le domaine. Les femmes nettoieront la maison et l'orneront de tentures, et elles prépareront un siège élevé pour Flosi».

Alors Flosi entra dans l'enceinte. Hildigunn vint à sa rencontre: «Salut à toi, mon oncle, dit-elle; mon cœur se réjouit de ta venue».--«Nous allons prendre notre repas, dit Flosi, et ensuite nous nous remettrons en route». Et on attacha leurs chevaux.

Flosi entra dans la salle et s'assit. Il renversa sur le banc le siège qu'on lui avait préparé, en disant: «Je ne suis ni roi ni jarl, je ne veux pas qu'on me fasse un trône, et il n'est pas besoin de se moquer de moi». Hildigunn était debout à son côté: «Il est fâcheux, dit-elle, que cela te déplaise, car nous l'avions fait de bon cœur».--«Si tu agis de bon cœur avec moi, dit Flosi, tes actions se loueront elles-mêmes; et elles se blâmeront elles-mêmes si elles sont mauvaises». Hildigunn eut un rire froid: «N'en parlons plus, dit-elle. Nous aurons souvent encore affaire l'un avec l'autre avant la fin». Elle s'assit près de Flosi, et ils parlèrent longtemps à voix basse.

On apporta les tables; Flosi et ses hommes se lavèrent les mains. Flosi regarda la serviette, elle était pleine de trous, et un des coins était arraché. Il ne voulut pas s'en servir et la jeta sur le banc. Il déchira un morceau de la nappe, s'y essuya les mains, et le lança à ses hommes. Après quoi il se mit à table et leur dit de manger.

Alors Hildigunn entra dans la salle. Elle vint droit à Flosi, écarta ses cheveux, qui couvraient son visage, et se mit à pleurer. «Tu as le cœur bien gros, ma nièce, dit Flosi, pour pleurer ainsi. Tu as raison pourtant, car tu pleures un bon mari».--«Quelle vengeance me donneras-tu, dit-elle, et quelle aide?» Flosi répondit: «Je porterai ta cause devant la justice, et j'irai jusqu'au bout, ou bien je ferai une paix telle que tous les hommes de bien puissent dire qu'elle nous fait honneur de tout point».--«Höskuld te vengerait, dit-elle, si c'était lui qui eût à te venger».--«Tu es féroce, répondit Flosi, et je vois bien ce que tu veux». Hildigunn reprit: «Moins grande était l'offense d'Arnor fils d'Örnolf de Forsarskog envers ton père Thord godi de Frey, et pourtant tes frères Kolbein et Egil l'ont tué au ting de Skaptafell.