CXXXIV
Ils se préparèrent donc tous à partir. Flosi avait mis des pantalons longs, car il voulait aller à pied. Il savait qu'alors il déplairait moins aux autres de marcher eux-mêmes.
Ils partirent, et vinrent d'abord à Knappavöll; le jour suivant ils allèrent jusqu'à la Breida, et de la Breida au Kalfafell, de là au Bjarnanes sur le Hornafjord, de là au Stafafell, dans le pays de Lon, et enfin à Thvatta, chez Hal de Sida. Flosi avait pour femme sa fille Steinvör. Hal leur fit grand accueil. Flosi lui dit: «Je viens te demander, mon beau-père, de venir, toi et tous tes hommes, au ting avec moi.» Hal répondit: «Voici qu'il est arrivé comme dit le proverbe: La main ne se réjouit pas longtemps du coup qu'elle a porté. Tu en as plus d'un dans ta troupe, qui à présent baisse la tête, et qui poussait à la pire des besognes quand il n'y avait encore rien de fait. Mais moi, je te dois mon aide toutes les fois que cela me sera possible.» Flosi dit: «Que me conseilles-tu de faire, au point où nous en sommes?»--«Il faut que tu t'en ailles au Nord, répondit Hal, jusqu'au Vapnafjord, et tu demanderas du secours à tous les chefs du pays; tu auras besoin d'eux tous avant la fin du ting.»
Flosi resta là trois nuits. Quand il fut reposé, il s'en alla du côté de l'est, à Geitahellna, et de là au Berufjord. Ils y passèrent la nuit. De là ils prirent à l'est encore jusqu'à Heydal dans le Breiddal. Là demeurait Halbjörn le fort. Il avait pour femme Odny fille de Sörli fils de Brodhelgi. Flosi trouva chez lui un bon accueil. Halbjörn fit beaucoup de questions sur l'incendie. Et Flosi lui raconta tout par le menu. Halbjörn demanda jusqu'où Flosi comptait aller dans le pays des fjords du nord. Flosi dit qu'il irait jusqu'au Vapnafjord.
Flosi ôta de sa ceinture une bourse pleine d'argent, et la donna à Halbjörn. Halbjörn prit l'argent, tout en disant qu'il n'avait rien fait pour recevoir des présents de Flosi: «et je voudrais savoir, dit-il, en quelle manière je pourrai m'acquitter envers toi.»--«Je n'ai pas besoin d'argent, dit Flosi; mais je veux que tu sois pour moi dans ma querelle. Je n'ai aucun droit à te faire cette demande, car tu n'es ni mon parent ni mon allié.» Halbjörn répondit: «Je te promets d'aller au ting avec toi, et de prendre parti pour toi dans ta querelle comme je ferais pour mon frère.» Flosi le remercia.
De là, ils allèrent, par la plaine du Breiddal, à Hrafnkelstad. Là demeurait Hrafnkel fils de Thorir, fils de Hrafnkel, fils de Hrafn. Flosi trouva chez lui un bon accueil, et il lui demanda de venir au ting avec lui et de lui donner son aide. Hrafnkel s'en défendit longtemps. À la fin il promit que son fils Thorir irait au ting avec tous leurs hommes, et qu'il serait du même côté que les autres godis du district. Flosi le remercia et partit pour Bersastad. Là demeurait Holmstein fils de Spakbersir. Il reçut Flosi à merveille. Flosi lui demanda son aide. Holmstein dit qu'il la lui devait depuis longtemps.
De là ils allèrent à Valthjofstad. Là demeurait Sörli fils de Brodhelgi, et frère de Bjorni fils de Brodhelgi. Il avait pour femme Thordis, fille de Gudmund le puissant, de Mödruvöll. Flosi et les siens trouvèrent là un bon accueil. Le lendemain au matin, Flosi fit sa demande à Sörli de venir au ting avec lui, et il lui offrit de l'argent. «Je ne sais ce que je ferai, dit Sörli, tant que je ne saurai pas de quel côté sera Gudmund le puissant, mon beau-père; je veux être avec lui, là où il sera lui-même.»--« Je vois à ta réponse, dit Flosi, que c'est une femme qui commande ici.» Il se leva, et dit à ses gens de prendre leurs manteaux et leurs armes. Ils partirent, et ils n'avaient pas trouvé là de secours.
Ils descendirent le Lagarfljot, et vinrent à travers la plaine, à Njardvik. Là demeuraient deux frères, Thorkel Fulspak et Thorvald. Ils étaient fils de Ketil Thrim, fils de Thidrand le sage, fils de Ketil Thrim, fils de Thorir Thidrand. La mère de Thorkel Fulspak et de Thorvald était Yngvild fille de Thorkel Fulspak. Flosi trouva là un bon accueil. Il conta son affaire aux deux frères, et leur demanda du secours. Et ils refusèrent jusqu'à ce qu'il leur eût donné trois marcs d'argent à chacun. Alors ils promirent de l'aider.
Yngvild leur mère était là, comme ils promirent d'aller au ting. Elle se mit à pleurer. «Pourquoi pleures-tu, mère?» dit Thorkel. Elle répondit: «J'ai rêvé que Thorvald ton frère avait une casaque rouge, et elle était si étroite qu'il semblait qu'on l'eût cousu dedans. Il avait aussi des pantalons rouges, attachés par des lanières serrées. J'avais de la peine, en le voyant si mal à l'aise, mais je n'y pouvais rien.» Ils se mirent à rire, et dirent que c'étaient là des sottises, et que son bavardage ne les empêcherait pas d'aller au ting. Flosi les remercia fort et partit, s'en allant du côté du Vapnafjord.