Bjarni dit à Eyjolf: «Nous sommes venus te trouver, mon ami; parce que nous avons grand besoin de ton aide en beaucoup de choses.»--«Il ne manque pas de vaillants hommes au ting, répondit Eyjolf; et vous n'aurez pas de peine à trouver quelqu'un qui vous aide mieux que moi.»--«Non pas, dit Bjarni. Sur beaucoup de points, tu n'as pas ici ton pareil. D'abord tu es d'aussi bonne race que tous ceux qui descendent de Ragnar Lodbrok. Ensuite tes ancêtres ont été souvent parties dans de grands procès, soit au ting, soit là-bas dans les districts, et toujours ils ont eu le dessus. Nous ne doutons pas que tu n'aies comme eux la victoire dans les procès auxquels tu te mêleras.»--«Tu parles bien, Bjarni, dit Eyjolf; mais je ne sais pas ce que j'ai à faire dans tout ceci.» Alors Flosi dit: «Voilà trop de paroles pour en venir à ce que nous avons en tête. Nous sommes venus te demander ton aide, Eyjolf; nous te prions d'être avec nous dans notre affaire, de venir avec nous devant le tribunal, et de trouver des moyens de défense, s'il y en a, de les présenter en notre lieu et place et de nous aider en toute circonstance qui puisse se produire devant ce ting.»
Alors Eyjolf sauta sur ses pieds, tout en colère: «Je ne permets à personne, dit-il, de se servir de moi comme d'un bouffon, et de me mettre en avant, quand je n'en ai pas envie. Je vois bien à présent où vous vouliez en venir avec toutes vos belles paroles.» Halbjörn le fort le prit par la main et le força à s'asseoir entre lui et Bjarni: «L'arbre ne tombe pas du premier coup, mon ami, lui dit-il; assieds-toi près de nous d'abord.» Flosi ôta de son bras un anneau d'or, et dit: «Je veux te donner cet anneau, Eyjolf, en retour de ton amitié et de ton aide, et par là, je te montrerai que je ne me moque pas de toi. Tu feras bien d'accepter cet anneau, car il n'y a nul homme ici au ting, à qui j'aie fait jamais un présent semblable.» L'anneau était si beau, si large et si bien travaillé, qu'il valait bien douze cents aunes de drap. Halbjörn le passa au bras d'Eyjolf. «Je crois, dit Eyjolf, que je vais accepter cet anneau, puisque tu agis si bien avec moi. Tu peux compter que je me chargerai de trouver des moyens de défense, et de faire tout ce qu'il faudra.»--« Vous vous êtes bien conduits tous les deux, dit Bjarni; et nous voici, Halbjörn et moi, tout trouvés pour être témoins qu'Eyjolf s'est chargé de l'affaire.»
Alors Eyjolf se leva, Flosi aussi, et ils se donnèrent la main. Eyjolf prit sur lui, des mains de Flosi, toute la conduite de la défense, et de tout nouveau procès qui pourrait résulter des moyens présentés; car il arrive souvent que la défense dans une cause devient poursuite dans une autre. Il se chargea de même de toutes les preuves à présenter dans cette affaire, soit devant le tribunal de district, soit devant le cinquième tribunal. Flosi lui délégua ses droits selon la loi, et Eyjolf les accepta selon la loi.
Alors Eyjolf dit à Flosi et à Bjarni: «Voici que je me suis chargé de l'affaire, comme vous m'en aviez prié. Mais je veux que pour l'instant vous teniez ceci caché. Si l'affaire vient devant le cinquième tribunal, gardez-vous bien de dire que vous m'avez fait un présent pour avoir mon secours.»
Alors Flosi se leva, et aussi Bjarni, et les autres. Flosi et Bjarni retournèrent chacun dans sa hutte. Mais Eyjolf vint à la hutte de Snorri le godi, et il s'assit à côté de lui. Ils parlèrent de bien des choses. Snorri prit le bras d'Eyjolf, releva sa manche, et vit qu'il avait un large anneau d'or. «As-tu acheté cet anneau, ou te l'a-t-on donné?» dit Snorri. Eyjolf ne trouvait rien à dire, et se taisait.--«Je vois bien, dit Snorri, que c'est un présent qu'on t'a fait. Puisse cet anneau ne pas te coûter la vie.» Eyjolf sauta de son siège et s'en alla, sans dire un mot. En le voyant se lever en telle hâte Snorri dit: «Je crois qu'avant que ce ting n'ait pris fin, tu sauras quel cadeau tu as accepté là.» Et Eyjolf s'en retourna dans sa hutte.
CXXXIX
Il faut revenir à Asgrim fils d'Ellidagrim. Ils se réunirent, lui et Kari fils de Sölmund, et aussi Gissur le blanc, et Hjalti fils de Skeggi, et Thorgeir Skorargeir, et Mörd fils de Valgard. Asgrim prit la parole: «Nous n'avons pas besoin, dit-il, de nous parler à part, car il n'y a ici que des hommes qui ont confiance les uns dans les autres. Je vous demande maintenant si vous savez quelque chose des desseins de Flosi. Car il faut, je crois, que nous aussi nous décidions ce que nous allons faire.»
Gissur le blanc répondit: «Snorri le Godi m'a envoyé dire que Flosi avait reçu des renforts nombreux des pays du Nord; et aussi qu'Eyjolf fils de Bölverk, son parent, avait accepté de quelqu'un un anneau d'or, et qu'il s'en cachait. Snorri dit qu'à ce qu'il croit ils ont décidé Eyjolf à présenter des moyens de défense dans leur affaire, et que l'anneau lui a été donné pour cela.» Ils furent tous d'avis qu'il devait en être ainsi.
Gissur reprit: «Voici mon gendre Mörd fils de Valgard, qui s'est chargé de la partie de l'affaire la plus dangereuse, de l'avis de tous; la poursuite contre Flosi. Je viens vous prier maintenant de vous partager le reste; car il sera bientôt temps de porter plainte au tertre de la loi. Il faut aussi que nous allions chercher du secours.»--«C'est ce que nous allons faire, dit Asgrim; mais nous te prierons de venir avec nous.» Gissur dit qu'il voulait bien.