On envoya chercher Halgerd: elle vint, et deux femmes avec elle. Elle avait une cape bleue, d'étoffe tissée, et par dessous une robe écarlate, et une ceinture d'argent autour de la taille; ses cheveux tombaient des deux côtés de sa poitrine, et elle les avait noués dans sa ceinture. Elle s'assit entre Hrut et son père. Elle les salua tous avec de bonnes paroles, parlant bien, et hardiment, et demandant les nouvelles. Puis elle se tut et Glum dit: «Nous venons, mon frère Thorarin et moi, de parler d'un marché avec ton père. Je voudrais, Halgerd, te prendre pour femme, si c'est ta volonté, comme c'est la leur. Il faut maintenant que tu dises sans crainte si cela est à ta convenance. Et si tu n'as pas envie d'entrer en marché avec nous, nous n'en parlerons plus.» Halgerd dit: «Je sais que vous êtes des hommes considérables, tes frères et toi, et que je serai beaucoup mieux mariée que la première fois. Mais je veux savoir ce que vous avez dit, et jusqu'où vous avez mené l'affaire. À ce que je vois de toi, il me semble que j'aurai de l'amitié pour toi, si notre humeur peut s'accorder». Glum lui dit lui-même toutes les conditions, sans rien oublier, et il demanda à Höskuld et à Hrut s'il avait bien dit. Höskuld dit que c'était bien.
Alors Halgerd dit: «Vous avez si bien mené cette affaire pour moi, toi mon père, et toi Hrut, que je ferai selon votre désir; et ce marché sera conclu comme vous l'avez décidé.»
Hrut dit: «Mon avis est que nous nommions des témoins, Höskuld et moi, et Halgerd se fiancera elle-même, si l'homme de la loi trouve cela légal.»--«Cela est légal» dit Thorarin.
Après cela, on estima les biens d'Halgerd, et il fut convenu que Glum en apporterait autant, et que le tout serait mis en communauté. Glum se fiança à Halgerd, et ils retournèrent, son frère et lui, chez eux dans le Sud. Höskuld devait faire la noce dans sa maison.
XIV
Les deux frères rassemblèrent des gens en foule pour la noce, et cela faisait une troupe choisie. Ils s'en allèrent à l'Ouest vers les vallées et vinrent à Höskuldstad, où il y avait déjà beaucoup de monde. Höskuld et Hrut se placèrent sur un des bancs, et le fiancé sur l'autre. Halgerd était assise sur le banc de côté, et elle faisait bonne contenance. Thjostolf allait la hache levée et l'air terrible, mais personne ne faisait semblant de le voir.
Quand la fête fut finie, Halgerd partit pour le Sud avec eux. En arrivant à Varmalæk Thorarin demanda à Halgerd si elle voulait prendre le commandement dans la maison. «Je ne le veux pas» dit-elle. Elle se tint tranquille tout l'hiver, et on n'avait pas de mal à dire d'elle.
Au printemps, les frères parlaient un jour de leurs affaires. Thorarin dit: «Je vais vous laisser la maison de Varmalæk; car c'est ce qui vous convient le mieux. Je m'en irai au Sud à Laugarness et j'y demeurerai. Pour Engey nous l'aurons en commun. Glum approuva la chose, et Thorarin s'en alla dans le Sud. Les autres restèrent là. Halgerd prit des serviteurs. Elle était prompte à donner, et avide d'augmenter ses richesses.
L'été suivant elle mit au monde une fille. Glum lui demanda comment il fallait l'appeler. «Elle s'appellera dit-elle, Thorgerd, comme ma grand'mère». Car elle descendait par son père de Sigurd Fafnisbani. La petite fille fut aspergée d'eau, et on lui donna le nom qu'on avait dit. Elle grandit, et son visage devenait semblable à celui de sa mère. Ils s'accordaient bien, Glum et Halgerd; et cela dura ainsi quelque temps.