Eyjolf vint donc trouver son hôte et lui fit sa demande, en présence de Flosi. Flosi dit un mot pour lui, et le marché fut conclu, Flosi céda à l'homme de l'Est des terres à Borgarhöfn; il eut en échange son vaisseau, et ils se donnèrent la main là-dessus. Flosi reçut d'Eyjolf, avec le vaisseau, pour vingt cents de marchandises, qui furent comprises dans le marché. Après quoi Flosi remonta à cheval et s'en alla.

Flosi était si aimé de ses hommes qu'il avait d'eux tout ce qu'il voulait avoir en fait de provisions, soit comme prêt, soit comme don.

Flosi rentra donc à Svinafell et resta chez lui quelque temps. Il envoya Kol fils de Thorstein et Gunnar fils de Lambi dans l'Est au Hornafjord, pour s'occuper du vaisseau, le mettre en état, dresser des huttes, mettre les marchandises en sacs et faire tout le nécessaire.

Il faut parler maintenant des fils de Sigfus. Ils dirent à Flosi qu'ils voulaient s'en aller à l'Ouest, dans le Fljotshlid, pour s'occuper de leurs domaines, et y prendre des marchandises, et autres choses dont ils avaient besoin. «Il n'y a plus à prendre garde à Kari, dirent-ils, s'il est, comme on l'a raconté, dans le pays du Nord.»--« Je ne sais, répondit Flosi, s'il faut se fier à ces bruits là, et si on a dit vrai au sujet du voyage de Kari. Des choses m'ont souvent paru mieux prouvées, qui n'étaient pas vraies du tout. Mon avis est que vous marchiez en troupe nombreuse, que vous vous sépariez le moins possible, et que vous vous teniez sur vos gardes, du mieux que vous pourrez. Rappelle-toi, Ketil de Mörk, le songe que je t'ai conté, et que j'ai tenu secret, à ta prière; beaucoup de ceux qui vont partir avec toi, ont été appelés alors.» Ketil répondit: «La vie des hommes suit son cours ainsi que le veut la destinée; mais toi, grand bien te fasse pour ton avertissement.» Et ils n'en dirent pas davantage.

Les fils de Sigfus se préparèrent au départ, et aussi ceux qui devaient aller avec eux. Ils étaient dix-huit en tout. Avant de partir, ils embrassèrent Flosi. Il leur souhaita bon voyage, disant qu'il y en avait parmi eux qu'il ne reverrait jamais. Mais ils ne changèrent pas d'avis, et se mirent en route. Flosi les avait priés d'aller chercher ses marchandises dans le Medalland, pour les porter dans le pays de l'Est. Ils avaient à en prendre aussi à Landbrot et à Skogahverfi. Après cela, ils vinrent à Skaptartunga, passèrent la montagne, et, prenant au Nord du Jökul d'Eyjafjöll, descendirent dans le Godaland. De là, par les bois, ils vinrent à Thorsmörk.

Björn de Mörk vit cette troupe d'hommes qui s'approchait; il vint à leur rencontre, et ils se souhaitèrent le bonjour. Les fils de Sigfus demandèrent des nouvelles de Kari fils de Sölmund. «J'ai rencontré Kari, dit Björn, il y a déjà longtemps. Il chevauchait vers le Nord, par le Gasasand, et il s'en allait à Mödruvöll chez Gudmund le puissant. Il m'a semblé qu'il avait grand'peur de vous, car il est tout seul à présent.»--«Il aura bien plus peur encore, dit Grani fils de Gunnar. Et il le verra bien, quand il viendra à portée de nos javelots. Il n'est plus à craindre pour nous, maintenant que tous les siens l'ont abandonné.» Ketil de Mörk lui dit de se taire et de laisser là ses grands mots. Björn leur demanda quand ils reviendraient. «Nous resterons, répondirent-ils, environ une semaine dans le Fljotshlid» et ils lui dirent quel jour ils comptaient repasser la montagne. Ils se séparèrent là-dessus.

Les fils de Sigfus arrivèrent dans leurs domaines, où leurs gens les reçurent avec beaucoup de joie. Ils y passèrent près d'une semaine.

Björn cependant revient chez lui trouver Kari; il lui conte le voyage des fils de Sigfus, et leurs projets pour le retour. «Tu t'es montré dans cette occasion un ami fidèle » dit Kari. «Quand j'ai promis ma foi et mon aide à quelqu'un, dit Björn, je veux qu'on doute de tout le monde plutôt que de moi.»--«Ce serait trop fort aussi, si tu étais un traître,» dit sa femme.

Kari passa encore six nuits chez eux.