Le temps était beau. Ils firent voile au Sud, vers Katanes, et débarquèrent à Thrasvik, chez un homme puissant, nommé Skeggi. Ils restèrent chez lui longtemps.

Les autres, aux Orkneys, nettoyèrent la table et emportèrent le mort. On vint dire au jarl que Kari et les siens avaient fait voile au Sud, vers l'Écosse. «C'est un vaillant homme, dit le roi Sigtryg, celui qui a fait cela si hardiment, sans y songer à deux fois.»--«Kari n'a pas son pareil, répondit le jarl Sigurd, en hardiesse et en audace.» Alors Flosi à son tour conta l'histoire de l'incendie. Il parla bien de tous, et on crut ce qu'il disait.

Le roi Sigtryg vint à parler au jarl Sigurd de la demande qu'il avait à faire. Il le pria de venir avec lui combattre le roi Brjan. Le jarl s'en défendit longtemps. À la fin il consentit, à condition qu'il aurait en mariage la mère de Sigtryg, et qu'il deviendrait roi en Irlande, s'ils tuaient Brjan. Tout le monde voulut détourner le jarl Sigurd de partir, mais cela ne servit de rien. On se sépara sur la promesse que fit Sigurd de venir; Sigtryg lui promit en échange sa mère et un royaume. Il fut convenu que le jarl Sigurd se trouverait à Dublin avec toute son armée, le dimanche des Rameaux.

Le roi Sigtryg revint en Irlande, et dit à sa mère Kormlöd que le jarl s'était engagé à venir, et aussi ce qu'il lui avait promis pour cela. Elle s'en montra contente, mais elle lui dit qu'il fallait rassembler encore plus de monde. Sigtryg lui demanda où on pourrait chercher de l'aide. «Il y a, dit-elle, deux pirates au large, à l'ouest de l'île de Mön: ils ont trente vaisseaux, et ce sont des guerriers si terribles que nul ne peut leur résister. L'un s'appelle Uspak, l'autre Brodir. Va les trouver, et n'épargne rien pour les amener à venir avec toi, quelque prix qu'ils y mettent.»

Le roi Sigtryg se mit donc à la recherche des pirates, et il les trouva au large de Mön. Il fit sans tarder sa demande, mais Brodir refusa de venir, tant que Sigtryg ne lui eut pas promis sa mère et le royaume de Brjan. Il fut convenu qu'on tiendrait la chose secrète, et que le jarl Sigurd n'en saurait rien. Brodir promit de se trouver à Dublin avec son armée, le Dimanche des Rameaux.

Le roi Sigtryg revint trouver sa mère, et lui dit ce qui s'était passé.

Cependant Uspak et Brodir s'étaient mis à parler ensemble. Brodir répéta à Uspak tout ce qu'ils avaient dit, Sigtryg et lui, et il le pria de venir avec lui combattre le roi Brjan, disant que c'était pour lui de grande importance. Uspak répondit qu'il ne voulait pas se mettre en guerre avec un si bon roi. Alors ils entrèrent en colère tous deux, et séparèrent en deux leur flotte. Uspak avait dix vaisseaux, mais Brodir en avait vingt.

Uspak était païen, mais c'était le plus sage des hommes. Il mena ses vaisseaux dans le détroit; Brodir resta au large.

Brodir avait été chrétien; et il avait été consacré pour servir la messe comme diacre; mais il avait renié sa foi, et il était devenu un apostat. Il sacrifiait à des démons païens, et faisait toutes sortes de sorcelleries. Il avait une armure que le fer n'entamait pas. Il était grand et fort, et il avait une chevelure noire, si longue, qu'il la rentrait dans sa ceinture.