Thorstein, fils de Hal de Sida, vint avec le jarl Sigurd, et aussi Hrafn le rouge, et Erling de Straumey. Le jarl ne voulut pas qu'Harek vînt avec lui, mais il lui promit qu'il serait le premier à avoir des nouvelles.

Le jarl Sigurd arriva devant Dublin, avec toute son armée, le jour des Rameaux. Brodir était déjà là, avec tout son monde. Brodir jeta un sort, pour savoir comment tournerait la bataille. La réponse fut que si on se battait le vendredi saint, le roi Brjan serait tué, et aurait pourtant la victoire; mais si on se battait avant, tous ceux qui étaient contre lui, périraient. Et Brodir dit qu'il fallait choisir le vendredi pour livrer bataille.

Le cinquième jour de la semaine, il vint un homme à cheval trouver Kormlöd. Il montait un cheval gris pommelé, et il tenait à la main une hallebarde. Il resta longtemps à parler à Brodir et à Kormlöd.

Le roi Brjan était dans l'enceinte du burg avec toute son armée. Le vendredi saint, l'armée sortit, et des deux côtés, on se mit en bataille. Brodir était à l'une des ailes, le roi Sigtryg à l'autre. Le jarl Sigurd était au milieu.

Revenons au roi Brjan. Il ne voulait pas se battre le vendredi saint. On fit autour de lui un rempart de boucliers, et l'armée se rangea en avant de ce rempart. Ulf Hræda était à l'aile qui faisait face à Brodir. À l'autre aile étaient Uspak et les fils du roi Brjan; ils avaient Sigtryg en face d'eux. Au centre de l'armée était Kerthjalfad, et on portait les bannières devant lui.

Et voici que les deux armées se heurtèrent, et il y eut une mêlée terrible. Brodir s'avançait à travers l'autre armée, abattant tous ceux qu'il trouvait devant lui. Et sur lui le fer ne mordait pas. Ulf Hræda courut à sa rencontre et le frappa trois fois de sa lance, si rudement, qu'à chaque fois Brodir tomba. Il eut grand'peine à se remettre sur ses pieds; et sitôt qu'il fut debout, il s'enfuit dans les bois.

Le jarl Sigurd avait un rude combat contre Kerthjalfad. Kerthjalfad allait de l'avant, tuant tous ceux qu'il trouvait sur son passage. Il rompit l'aile du jarl Sigurd jusqu'à la bannière, et tua celui qui la portait. Le jarl mit un autre homme à la place de celui-là; à ce moment, le combat devint plus rude que jamais. Kerthjalfad frappa à mort, de sa hache, celui qui avait pris la bannière, et, après lui, tous ceux qui s'approchaient. Alors le jarl Sigurd dit à Thorstein, fils de Hal de Sida, de porter la bannière. Thorstein vint pour la prendre. «Ne prends pas la bannière, Thorstein, dit Amundi le blanc; tous ceux qui l'ont portée ont été tués.»--«Hrafn le rouge, dit le jarl, prends-la, toi.»--«Porte toi-même tes diableries» répondit Hrafn. «Il faut donc, dit le jarl, que le mendiant et la besace aillent ensemble.» Il détacha la bannière de la hampe, et la mit sous ses vêtements. Un instant après, Amundi le blanc fut tué. Le jarl Sigurd à son tour fut percé d'un coup de lance.

Uspak s'avançait à travers l'armée ennemie. Il avait reçu une blessure profonde, et les deux fils du roi Brjan étaient tombés à ses côtés. Le roi Sigtryg prit la fuite devant lui. Alors toute l'armée se débanda. Thorstein, fils de Hal de Sida, s'arrêta pendant que les autres fuyaient, pour attacher la courroie de son soulier. «Pourquoi ne cours-tu pas comme eux?» demanda Kerthjalfad.--«Parce que je n'arriverais pas chez moi ce soir, dit Thorstein, ma demeure est en Islande.» Kerthjalfad lui donna la paix.

Hrafn le rouge était venu dans sa fuite sur le bord d'une rivière. Il lui sembla qu'il voyait au fond les tourments de l'enfer, et des diables qui voulaient le tirer à eux. «Apôtre Pierre, cria-t-il, ton chien que voici est allé deux fois à Rome; il ira une troisième fois si tu viens à son secours.» Alors les diables le laissèrent aller, et Hrafn put passer la rivière.

À ce moment, Brodir vit que l'armée du roi Brjan poursuivait les fuyards, et qu'il restait peu de monde auprès du rempart de boucliers. Il sortit du bois en courant, renversa les boucliers, et frappa le roi. Takt, le jeune fils du roi Brjan, étendit le bras. Le coup lui emporta le bras, et la tête du roi. Le sang du roi coula sur le bras mutilé de son fils, et la blessure guérit à l'instant. Alors Brodir cria à haute voix: «Allez-vous dire les uns aux autres que Brodir a tué Brjan.»