XXXIX

Il y avait un homme nommé Thord. On l'appelait le fils de l'affranchi. Son père s'appelait Sigtryg. Il avait été affranchi d'Asgerd, et se noya dans le Markarfljot. Depuis ce temps-là Thord était chez Njal. C'était un homme grand et fort. Il avait élevé tous les fils de Njal. Thord prit de l'inclination pour une parente de Njal qui s'appelait Gudfinna, fille de Thorolf. Elle était chargée de gouverner la maison de Njal. À ce moment-là elle était enceinte.

Bergthora vint parler à Thord: «Tu vas, dit-elle, aller tuer Brynjolf, le parent d'Halgerd.»--«Je ne suis pas un meurtrier, dit-il; il faudra bien pourtant que je m'y risque, si tu le veux.»--«Je le veux» dit-elle. Alors il monta à cheval et s'en alla à Hlidarenda. Il fit appeler Halgerd et lui demanda où était Brynjolf. «Que lui veux-tu?» dit-elle. Il répondit: «Je veux qu'il me dise où il a enterré le cadavre d'Atli. On m'a dit qu'il l'avait mal enterré.» Elle lui montra l'endroit et dit qu'il était en bas à Akratunga. «Prends garde, dit Thord, qu'il ne lui arrive comme à Atli.»--«Tu n'es pas de ceux qui tuent, dit-elle, et si vous vous rencontrez, il n'en sortira rien.»--«Je n'ai jamais vu le sang de personne, dit-il, et je ne sais pas quel effet cela me ferait.» Il sortit de l'enclos au galop, et descendit à Akratunga. Ranveig, la mère de Gunnar avait entendu leur conversation. «Tu railles son courage, Halgerd, dit-elle; mais moi je le tiens pour un homme qui n'a pas peur, et ton parent le verra bien.»

Ils se rencontrèrent sur le grand chemin, Brynjolf et Thord. Thord dit: «Défends-toi, Brynjolf, car je ne veux pas agir en traître envers toi.» Brynjolf courut sur Thord et lui porta un coup de sa hache. Thord leva la sienne en même temps et fendit le manche en deux entre les mains de Brynjolf; vite il frappa une seconde fois, et la hache atteignit Brynjolf à la poitrine et s'y enfonça. Brynjolf tomba de cheval, et mourut aussitôt.

Thord rencontra un berger d'Halgerd et lui annonça le meurtre. Il lui dit où était Brynjolf, et le chargea de dire la chose à Halgerd. Après cela il revint à Bergthorshval et dit le meurtre à Bergthora et aux autres. «Grand bien t'en fasse» dit-elle.

Le berger dit le meurtre à Halgerd. Elle fut fort en colère et dit qu'il sortirait beaucoup de mal de tout cela, si on la laissait faire.


XL

Et voilà que la nouvelle arriva au ting. Njal se le fit dire trois fois. «Il y a plus de gens que je ne pensais, dit-il, qui deviennent des meurtriers.» Skarphjedin dit: «Il faut que cet homme ait été deux fois poltron pour se laisser tuer par notre père nourricier qui n'a jamais vu le sang de personne.» Et il chanta: «Je l'appellerai toujours deux fois poltron, cet homme, et je ris en y pensant. On aurait cru cela plutôt de nous autres qui sommes des hommes de meurtre, que de notre père nourricier.»