Alors Gunnar à son tour somma Geir le Godi d'écouter son serment et les moyens de défense qu'il allait présenter. Puis il prêta serment. Après quoi il dit: «Voici ce que j'ai à dire pour ma défense dans cette affaire: j'ai pris des témoins, et j'ai déclaré Otkel hors la loi, devant mes voisins, pour cette blessure sanglante qu'il m'a faite avec ses éperons. Je te fais donc, à toi Geir le Godi, défense solennelle de poursuivre cette affaire et aux juges de la juger, et par là je tiens toutes les mesures que tu as prises jusqu'ici pour nulles et de nul effet. Je t'en fais une défense légale, pleine et entière, et qui doit être suivie d'effet, telle enfin que j'ai à te la faire selon la procédure de l'Alting et la loi de tout le pays. Et maintenant j'ai à te dire ce que je vais faire encore» dit Gunnar.--«Vas-tu me défier à un combat dans l'île, comme c'est ta coutume, dit Geir, et refuser de te soumettre à la loi?».--«Ce n'est pas cela, dit Gunnar; je vais te citer à comparaître au tertre de la loi, pour ceci, que tu as désigné des témoins enquêteurs dans une affaire où ils n'avaient rien à voir: le meurtre d'Audulf; et pour cette cause je vais déclarer que tu as encouru la peine du bannissement simple».

Njal prit la parole et dit: «Il ne faut pas qu'il en soit ainsi; car vous en viendriez maintenant aux plus grandes violences. Chacun de vous a dans son affaire beaucoup de choses contre lui, à ce qu'il me semble. Il y a quelques-uns de ces meurtres, Gunnar, au sujet desquels tu n'as pas grand'chose à dire contre ceux qui t'en déclarent coupable. D'autre part, tu as cette action que tu intentes à Geir, et il sera trouvé coupable, certainement. Et toi, Geir le Godi, il faut que tu saches une chose, c'est que cette action en bannissement qui te menace n'est pas encore intentée, mais qu'elle ne restera pas en route si tu refuses de suivre mon conseil».

Thorod le Godi dit: «Il me semble qu'il vaudrait mieux, pour le bien de la paix, faire un arrangement dans cette affaire; mais pourquoi ne dis-tu rien, Gissur le blanc?».--«Il me semble, dit Gissur, qu'il nous faudrait de solides appuis pour mener à bien notre cause. Il est facile de voir que les amis de Gunnar ne sont pas loin; ce qui donc vaudra le mieux pour notre affaire, c'est que de bons et vaillants hommes prononcent entre nous, si Gunnar y consent».

«J'ai toujours été accommodant, dit Gunnar; vous avez beaucoup à dire contre moi; mais aussi il me semble que j'ai été grandement forcé à faire ce que j'ai fait».

Ils décidèrent donc, sur le conseil des hommes les plus sages, de terminer l'affaire, et de la remettre à un arbitrage. Six hommes furent choisis comme arbitres. Et sur l'heure, au ting, ils prononcèrent sur l'affaire. Leur sentence fut qu'il ne serait point payé d'amende pour Skamkel; que le meurtre d'Otkel et le coup d'éperon se compenseraient; que pour les autres meurtres il serait payé des amendes suivant leur valeur. Les parents de Gunnar donnèrent de l'argent, si bien que toutes les amendes furent payées sur le champ, au ting. Alors Geir le Godi et Gissur le blanc allèrent trouver Gunnar et lui promirent de garder fidèlement la paix. Gunnar quitta le ting et retourna chez lui. Il remercia les hommes qui lui avaient prêté leur aide et fit à beaucoup d'entre eux des présents. Il se fit grand honneur de tout ceci.

Gunnar est donc maintenant chez lui, et fort en honneur.


LVII

Il y avait un homme nommé Starkad. Il était fils de Bark Blatannarskeg, fils de Thorkel Bundinfot, qui prit des terres aux environs de Trihyrning. C'était un homme marié, et sa femme s'appelait Halbera. Elle était fille de Hroald le rouge et de Hildigunn, fille de Thorstein Titling. La mère d'Hildigunn était Unn, fille d'Eyvind Karf, sœur de Modolf le pacifique, de Mosfell, de qui sont descendus les Modylfings.

Les fils de Starkad et de Halbera s'appelaient, Thorgeir, Börk, et Thorkel. Hildigunn, la guérisseuse, était leur sœur. C'étaient des hommes d'humeur hautaine, querelleurs et malfaisants. Ils faisaient aux gens toute sorte de tort.