Une seconde fois Gissur prit des témoins et porta plainte contre Gunnar fils d'Hamund pour avoir fait à Thorgeir fils d'Otkel une blessure qui se trouva être une blessure mortelle, dont Thorgeir mourut sur le lieu même où Gunnar commit cette attaque tombant sous le coup de la loi. Et il finit sa déclaration comme la première. Puis il demanda quel était le tribunal compétent et le domicile légal. Après cela, les gens quittèrent le tertre de la loi; et ils disaient tous qu'il avait bien parlé.
Gunnar se tenait tranquille, et ne disait pas grand chose.
Le ting se passe, et le moment est venu de juger les affaires. Gunnar avec ses hommes se tenait au nord du tribunal du pays de la Ranga, et Gissur le blanc était au sud avec ses hommes. Il prit des témoins et somma Gunnar d'entendre son serment et sa déclaration, ainsi que toutes les preuves qu'il entendait produire. Après cela il prêta serment. Puis il intenta l'action dans les termes qu'il avait employés lors de sa déclaration. Puis il amena les témoins de cette déclaration. Puis encore il fit prendre place aux voisins qu'il avait pris à témoins sur le lieu du combat, et mit Gunnar en demeure de les récuser.
LXXIV
Alors Njal prit la parole: «Je ne peux pas, dit-il, rester tranquille plus longtemps. Allons là où sont vos témoins». Ils y allèrent et en récusèrent quatre, après quoi, ils demandèrent aux cinq qui restaient si Thorgeir fils de Starkad et Thorgeir fils d'Otkel s'étaient mis en route dans l'intention d'attaquer Gunnar s'ils le rencontraient. Et tous dirent à l'instant même que c'était vrai. Njal dit alors que c'était un moyen de défense légal dans l'affaire et qu'il le présenterait, à moins qu'on ne consentît à un arbitrage. Beaucoup de chefs vinrent s'offrir comme arbitres; et on tomba d'accord que douze hommes prononceraient dans l'affaire. Les deux parties s'approchèrent et se donnèrent la main. Après cela la sentence fut prononcée et le prix du sang fixé: l'argent devait être payé, sur l'heure, au ting. On décida que Gunnar s'en irait à l'étranger avec Kolskegg, et qu'ils seraient absents trois hivers. Et si Gunnar ne s'en allait pas, et qu'on pût l'approcher, les parents de ceux qu'il avait tués auraient le droit de le tuer à leur tour.
Gunnar ne dit rien qui pût laisser voir qu'il ne trouvait pas l'arrangement bon. Il demanda à Njal l'argent qu'il lui avait donné à garder, Njal lui avait fait porter intérêt, il donna tout à Gunnar, et cela fit juste la somme que Gunnar avait à payer.
Voici que les gens rentrent chez eux. Njal et Gunnar chevauchaient ensemble, revenant du ting. Njal dit à Gunnar: «Promets-moi, mon camarade, que tu garderas cette paix, et que tu te rappelleras ce que nous avons dit ensemble. De même que ton premier voyage t'a fait grand honneur, celui-ci t'en fera un plus grand encore. Tu reviendras plein de gloire et tu deviendras un vieillard, et pas un dans le pays n'osera te marcher sur le pied. Mais si tu refuses de partir, et que tu rompes la paix jurée, tu seras tué, et c'est triste à penser pour ceux qui étaient tes amis». Gunnar dit qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix.
Gunnar rentre chez lui, et dit l'arrangement qui a été fait. Ranveig, sa mère, trouva que c'était bien: «pendant ce temps, dit-elle, tes ennemis pourront chercher querelle à d'autres».