«Me voici arrivé en même temps que vous sur le lieu du combat. J'ai fait mordre la poussière à ce jeune insolent. Depuis que le jarl a dépouillé Grim et Helgi, voici enfin le moment venu de venger cette aventure.»

Il chanta encore: «J'ai brandi ma hache, qui fait pleuvoir les blessures. Elle qui se nomme l'ogre terrible, elle a pourvu les corbeaux de chair humaine. Rappelez-vous ce que vous avez promis à Hrap. Venez au combat, sur la plaine de glace. Rimmugygi de sa voix retentissante, vous a donné le signal.»

Ils s'avancent donc. Grim et Helgi ont vu Hrap, et courent sur lui. Hrap lève sa hache sur Grim. Helgi qui le voit, le frappe au bras: le bras est tranché et la hache tombe à terre. «Tu as fait là d'utile besogne, dit Hrap; cette main a causé mort ou dommage à plus d'un.»--«Mais voilà qui est fini» dit Grim, et il lui passe sa lance au travers du corps. Hrap tomba mort à l'instant.

Tjörvi court à Kari et lui lance un javelot. Kari saute en l'air, et le javelot passe sous ses pieds. Puis il court à Tjörvi et le frappe de son épée. L'épée s'enfonce dans la poitrine de Tjörvi, qui meurt sur le coup.

Skarphjedin s'était emparé de Gunnar fils de Lambi et de Grani fils de Gunnar. «Voilà que j'ai pris deux louveteaux, dit-il. Que vais-je en faire?»--«C'est à toi de tuer l'un ou l'autre, si tu veux leur mort» dit Helgi.--«Il ne me plaît pas, dit Skarphjedin, de faire à la fois ces deux choses; aider Högni, et tuer son frère.»--«Mais le temps viendra, dit Helgi, où tu souhaiteras de l'avoir tué; car ils ne garderont jamais de paix avec toi, ni ces deux-là, ni aucun de ceux qui sont ici.»--«Je n'ai pas peur de cela» dit Skarphjedin. Et ils donnèrent la vie sauve à Grani, fils de Gunnar, à Gunnar, fils de Lambi, à Lambi fils de Sigurd, et à Lodin.

Après cela ils retournèrent chez eux, et Njal leur demanda les nouvelles. Ils lui dirent tout ce qui s'était passé. «Ce sont là de grandes nouvelles, dit Njal; vous verrez qu'il s'ensuivra la mort d'un de mes fils, sinon pis encore.»

Gunnar, fils de Lambi, emporta le corps de Thrain à Grjota, où il lui éleva un tombeau.


XCIII

Ketil de Mörk avait pris pour femme, comme il a été dit, Thorgerd fille de Njal. Mais il était frère de Thrain. Il se trouvait donc dans l'embarras. Il vint trouver Njal et lui demanda s'il n'avait pas quelque offre à lui faire pour le meurtre de Thrain. «Je te ferai, répondit Njal, des offres convenables. Je te prie donc d'amener tes frères, qui ont droit à l'amende, à accepter la paix.» Ketil dit qu'il le ferait volontiers. Et ils convinrent que Ketil irait trouver tous ceux à qui l'amende était due, et les déciderait à faire la paix. Puis il s'en retourna chez lui.