[2] Lettres philosophiques sur la magie;—la France trompée par les démonolâtres du 18e siècle, etc.
Fort heureusement, l'abbé Fiard et ses pâles disciples sont de faibles ennemis pour les vrais philosophes; et, si les fatras de ces fauteurs de la superstition sont admirés des bigots, ils n'obtiennent que la risée des gens d'esprit, qu'ils endormiraient si on avait le courage de les lire sérieusement.
Mais les ouvrages superstitieux se multiplient tellement, qu'on peut redouter leurs funestes effets sur les esprits faibles. On ne parlera que de quelques-uns; on nommera d'abord les Révélations de sœur Nativité, que le lecteur ne connaît sûrement pas, qui vivent néanmoins depuis deux ans, et qui expliquent en trois volumes (édition compacte) comment sœur Nativité a vu positivement l'enfer et le purgatoire; comment elle a prédit et révélé, il y a vingt-huit ans, les crimes de la révolution et tout ce qui s'en est suivi; comment il faut rétablir les dîmes et autres bonnes choses du temps d'autrefois; et comment on n'a publié ces susdites révélations et prophéties qu'après qu'elles ont été justifiées par l'événement, pour ne pas donner à mordre aux incrédules…
L'ouvrage, que M. le comte de Sallmart-Montfort a fait paraître à petit bruit, il y a trois ans[3], est encore un livre de prédictions. Mais, au moins, l'auteur a-t-il eu la bonne foi de le publier avant l'événement. Il est vrai que, comme il annonce la fin du monde et la venue de l'antéchrist, il n'y avait pas de temps à perdre[4].
[3] De la Divinité, de l'homme, des différentes religions, idées sur la fin prochaine et générale du monde.
[4] Suivant les calculs de monsieur le comte, le monde finira en 1836.
Un autre écrivain a donné, l'année dernière, une Explication de l'Apocalypse, qui entre un peu dans le système de M. le comte de Sallmart-Montfort, et qui prouve victorieusement que l'antéchrist est en chemin, que le monde va finir, parce que tous les fléaux avant-coureurs, prédits dans l'Apocalypse, sont déjà tombés sur la France, et que les démons y font sous main leur commerce. D'autres théologiens de la même force rapportent déjà des miracles modernes, et des aventures de possédées, qui font frémir.
M. le comte de Fortia-Piles s'est mis aussi dans la ligue des suppôts de l'erreur; et, après avoir bien regretté les temps féodaux, il gémit de voir le Diable un peu oublié, attendu que la peur de cet être indéfinissable avait plus d'effet sur LE PEUPLE que toutes les peines[5]… «Je ne vois pas, ajoute-t-il avec douleur, qu'on prenne beaucoup de moyens pour rétablir cette crainte salutaire, dans une classe qui, depuis trente ans, a offert plus de crimes que les deux siècles précédens[6]…»
[5] Nouveau dictionnaire français… publié en 1818 et 1819, en 12 cahiers in-8.
[6] Cette dernière calomnie est si absurde, qu'elle ne mérite pas de réponse: qu'on lise seulement, dans Gilbert, la peinture qu'il a faite du dix-huitième siècle, on y verra des mœurs bien plus affreuses que les nôtres.