Du pauvre Juif Errant?

Que son sort malheureux

Paraît triste et fâcheux!

La complainte de Berquin a rendu populaire en France cette misère extrême d'Isaac Ahasvérus Laquedem. Les Allemands ont diverses légendes qui sont le récit de ses malheurs; mais j'avoue que celles que j'ai lues ne m'ont donné nulle envie de les imiter. La plus mauvaise est celle qui s'imprime peut-être encore à Montbéliard ou à Troyes, et qu'on rencontre quelquefois sur les quais, tristement enveloppée d'un papier bleu. Il n'y a là ni esprit, ni grâce, ni imagination, rien qui charme ou qui effraye.

D'autres peuvent montrer le Juif errant poursuivi par le remords et par les visions terribles; j'ai tout uniment parlé des premiers jours de sa punition et raconté la lutte qu'il a eu à subir contre les premiers coups de son infortune. Peut-être eût-il été assez facile et très-naturel, poursuivant ce récit, de traverser les siècles et les générations, et de tracer à grands traits une intéressante histoire de l'humanité moderne. Toute modeste est cette peinture qui n'a point songé à être un tableau.

Depuis dix-huit siècles, hélas!

Sur la cendre grecque et romaine,

Sur les débris de mille États,

L'affreux tourbillon me promène.

J'ai vu sans fruit germer le bien,