IX
Dagobert sur le champ de bataille.
Délivré d'un mauvais maître, conseillé par Éloi, et sans cesse soutenu par les paroles de saint Denis, Dagobert fit commencer les travaux nécessaires à la restauration de la chapelle, et montra, par toutes ses actions, qu'il avait une âme royale. Chlother détacha de ses États le royaume d'Austrasie et le lui donna, après l'avoir marié à Gomantrude, cousine de sa seconde femme Sichilde. Les noces, faites à Clichy, furent célébrées par tous les poëtes gallo-romains.
Mais Dagobert était tout jeune encore. Il ne tarda pas à prouver qu'il était digne du trône. Les Saxons, le croyant timide, franchirent l'Elbe et le Véser, pour s'emparer de ses meilleures villes de Germanie. Sans hésiter, Dagobert réunit à Metz une petite armée, franchit le Rhin et marche à l'ennemi. Il était à la tête de ses soldats. L'armée austrasienne, trop peu nombreuse, fut forcée à la retraite; mais Dagobert se signala par son indomptable courage: l'épée nue à la main, il enfonçait le poitrail de son cheval dans les rangs les plus épais de l'ennemi et les rompait. Un des soldats saxons, s'approchant de lui pendant qu'il repoussait les attaques de tout un escadron, lui déchargea sur la tête un coup retentissant: l'épée du soldat fendit le casque; la peau fut atteinte, et une boucle de cheveux tomba sous le fer. Dagobert se retourne, fond sur le soldat, le saisit d'une main que la colère faisait forte, le place derrière lui sur son cheval et rentre avec son prisonnier dans les rangs de son armée. En un instant sa colère s'était apaisée: «C'est toi, dit-il au prisonnier, qui auras soin désormais de ma barbe et de ma chevelure.» Et il le retint pour son service.
La boucle de cheveux, envoyée aussitôt à Chlother, l'avertit et du danger où était l'armée d'Austrasie et du courage de son fils. Il accourt, il trouve les deux armées ennemies placées chacune sur une rive du Rhin. A son arrivée, les soldats de Dagobert font retentir les airs de joyeuses clameurs. Berthoald, le chef des Saxons, s'avance et cherche à deviner la cause de cette fête. On lui crie: «C'est que le roi Chlother est avec nous.» Berthoald, pour encourager les Saxons, avait dit que Chlother était mort; il se sentit le coeur mordu par la rage et affecta de rire en regardant ses soldats. Mais Chlother arrive à cheval, il ôte son casque de dessus sa tête; ses cheveux blanchis avant l'âge et ses traits bien connus apparaissent aux yeux des Saxons. Berthoald lui lance de loin une grossière injure. Chlother pousse son cheval dans le fleuve, le traverse, atteint son ennemi et combat. Dagobert le suit à la tête des plus intrépides cavaliers franks; mais déjà Chlother a mis à mort Berthoald, et Dagobert n'a qu'à fondre sur les Saxons pour les mettre en pleine déroute.
X
Dagobert est roi des Franks et bon justicier.
Ce fut sa première victoire. Deux années après, Chlother mourait et lui laissait la Neustrie et la Bourgogne. Haribert, frère de Dagobert, héritait du royaume d'Orléans et de l'Aquitaine. C'était un prince d'un esprit très-simple.
Dagobert, investi du pouvoir, s'occupa tout de suite de l'avancement des travaux entrepris à Saint-Denis, et aussi du soin de visiter ses États et d'y faire fleurir lui-même la justice. Les rois ne savent pas, d'ordinaire, combien ils auraient de facilité, s'ils le voulaient, à gagner le coeur de leurs peuples. Il ne s'agit pour eux que de ne pas se croire d'une autre essence que le reste des hommes, de comprendre qu'ils ont reçu du hasard le rang qu'ils occupent, et que celui qui est né roi doit toute sa vie aux fonctions tutélaires du trône. Il faut qu'il ne plaigne pas sa peine, qu'il aille par les chemins, qu'il voie les choses par ses yeux, qu'il s'assure par soi-même de tout ce que ses émissaires lui racontent, et qu'il écoute parler les plus humbles de ses sujets. Ainsi faisait Dagobert, aidé des conseils de l'évêque Arnoul, de saint Éloi et de saint Ouen, l'ami de saint Éloi. La simplicité sied bien aux chefs des peuples. C'est pour donner un prétexte à leurs goûts de luxe, qu'ils parlent quelquefois de la nécessité où ils sont d'avoir autour d'eux une cour pompeuse. La vérité est que les rois qu'on aime et qui sont vraiment puissants, se passent bien de tous ces colifichets. Dagobert fut d'abord un roi tout simple. Sa force éclatait dans sa colère, lorsqu'il avait à punir un rebelle ou à réprimer les injustices de quelque officier qui avait vexé les populations.