Rien ne fut oublié de toutes les réjouissances qui pouvaient honorer une noce si belle.

Tous ceux qui virent le bonheur de ce mariage le crurent éternel. Mais hélas! il y a beaucoup d'épines pour une rose!

Après que les jeunes époux eurent passé quelques mois à la cour de Brabant, il fallut partir pour aller à Trêves[9]. Les parents de Sifroy reçurent Geneviève avec tout le respect que sa naissance et son mérite devaient attendre. Saint Hidulphe, qui était alors pasteur de cette grande ville, fut bien aise de voir sa bergerie accrue d'une innocente brebis.

[Note 9: Ancien électorat et archevêché célèbre de l'Allemagne, sur la Moselle, dans la Prusse rhénane.]

Bientôt Geneviève quitta la ville pour aller habiter une de ses maisons de campagne. Cette campagne était un fort joli château, entouré d'un grand parc vert où il semblait que le printemps régnait toujours. Ce fut dans ce lieu plein de délices que Sifroy et Geneviève vécurent quelque temps de la plus douce et innocente vie.

V

Les Sarrasins arrivent d'Espagne.

Il eût fallu que ce bonheur durât toujours. À peine deux ans s'étaient écoulés, lorsque Abdérame [10], roi des Maures, qui avait passé d'Afrique en Espagne, songea à satisfaire son ambition par la conquête de l'Europe entière. La France, pays voisin de ses campements, lui parut un friand morceau à prendre tout d'abord; comme il craignait d'y trouver d'autres ennemis plus rudes que les Wisigoths [11] d'Espagne, il leva la plus formidable armée que l'Occident eût jamais vue. La renommée d'une telle armée, jointe à la vivacité des intérêts engagés dans la lutte, amena auprès de Charles Martel [12] une noblesse nombreuse qui était fière d'avoir à combattre des ennemis aussi terribles, et de les combattre sous le commandement d'un si glorieux capitaine.

Note 10:[ (retour) ] Abdoul-Rahaman-Ben-Abdoullah-el-Gbafiki, vice-roi d'Espagne sous le calife Yésid, fut battu près de Tours, au mois d'octobre 733.

Note 11:[ (retour) ] Les Wisigoths, venus avec Ataulf, occupaient l'Espagne depuis le cinquième siècle, après l'avoir enlevée aux empereurs de Rome.