Sifroy partit et arriva à l'armée, où il fut reçu avec joie par le grand Charles Martel, et presque aussitôt la campagne commença.

Geneviève recevait des messages fréquents qui lui faisaient part des marches et des travaux de l'armée. Ces nouvelles lui causaient une grande peine; car les Francs étaient fort en péril.

Charles Martel conduisit ses troupes vers la Loire, à peu de distance de la grande ville de Tours. Il ordonna aux habitants de n'ouvrir leurs portes qu'aux vainqueurs, et, pour ôter aux lâches tout espoir de fuite, il mit sur les ailes de son armée des corps de cavalerie chargés de couper les jarrets à ceux qui se retireraient des rangs pour prendre la fuite.

VIII

Bataille de Tours.

Avant de commencer la bataille, Charles parla ainsi à ses soldats:

«Compagnons, je vois bien que vous brûlez d'en venir aux mains et qu'il ne vous faut point faire de longs discours.

«Ne cherchons pas dans les siècles passés des exemples de courage et de vertu; donnons-en plutôt à la postérité. Et cela nous est facile aujourd'hui; il faut vaincre, amis, il faut vaincre. Quand nous aurions résolu de rester insensibles à nos intérêts, à la ruine de nos maisons, au carnage fait dans nos villes, à la désolation de nos femmes, l'injure faite à Dieu et à la religion chrétienne [13] suffirait.

Note 13:[ (retour) ] Les Arabes voulaient conquérir le monde au nom du dieu de Mahomet.

«Compagnons, il s'agit de défendre ce Dieu que nous adorons, ces saints que nous honorons, cette religion que nous professons. Permettrez-vous à ces Maures [14] d'outrager chez nous notre Église?