Note 26:[ (retour) ] En ce temps-là les plus savants ne savaient guère autre chose.
VI Comment Robert le Diable tua le maître d'école d'un coup de couteau.
Ainsi qu'on le sait, le maître voulant un jour corriger Robert de plusieurs fautes qu'il avait commises, Robert tira son couteau et l'en frappa tellement qu'il en mourut. Puis Robert dit à son maître en lui jetant son livre par dépit: «Maître, voilà votre science; jamais prêtre ni clerc [27] ne sera mon maître; je vous l'ai assez fait connaître.»
Note 27:[ (retour) ] Homme de science.
Et depuis, il n'y eut maître si hardi qui osât entreprendre de l'instruire et châtier en quelque manière que ce fût; force fut donc au duc de le laisser vivre à sa fantaisie.
Il ne se plaisait qu'à mal faire; il n'avait aucun respect pour Dieu et l'Église, et ne gardait en rien ni raison ni mesure. Il était enclin à tous les vices. Quand il allait à l'église et qu'il voyait que les prêtres et les clercs voulaient chanter, il avait des poudres et autres ordures qu'il jetait par grande dérision. S'il voyait des gens prier Dieu, il les frappait par derrière. Chacun le maudissait donc pour le mal qu'il faisait; et le duc, voyant son fils si méchant et si mal morigéné, en était assez peiné pour désirer sa mort. La duchesse en était si inquiète que c'était merveille. Un jour elle dit au duc: «L'enfant a beaucoup d'âge et est assez grand; il me semble qu'il serait bon de le faire chevalier; il changera peut-être de vie.» Le duc approuva ces paroles de la duchesse. Robert n'avait que dix-sept ans.
VII
Comment Robert fut fait chevalier.
Quelques jours avant la Pentecôte, le duc ordonna par tout son pays que les principaux de ses barons s'assemblassent. En leur présence, il appela Robert et lui dit (après avoir eu l'avis de tous les assistants): «Mon fils, entendez ce que je veux dire par le conseil de nos barons. Vous serez chevalier, afin que vous puissiez hanter les autres chevaliers et prud'hommes [28], et changiez vos habitudes; et ayez de meilleures manières de vivre, car les vôtres sont déplaisantes; soyez donc courtois, humble et bon, ainsi que sont les autres chevaliers, car les honneurs changent les moeurs.»
Note 28:[ (retour) ] Hommes sages.