Il n'est offense,

Il n'est crime cruel qu'on ne puisse oublier:

Le tout est de s'humilier.

JEAN DE PARIS.

La première édition du joli roman de Jehan de Paris paraît être celle qui fut publiée par Chaussard, in-4° Gothique, en 1554.

Il y avait sept ans que le roi François Ier était mort, et l'histoire romanesque de Jean de Paris, roi de France «lequel fict de grandes prouesses,» n'était rien autre chose qu'une allusion enjouée, piquante et assez fière, aux luttes incessantes que le vainqueur de Marignan, le vaincu de Pavie, avait eu à soutenir contre les divers princes de l'Europe et particulièrement contre le roi d'Angleterre Henri VIII et contre Charles Quint, empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, comte de Flandre, duc de Milan, souverain de Naples et des Indes.

On aurait tort de croire que la suprématie des monarques français sur les autres rois d'Europe date seulement de Louis XIV. Dès Philippe Auguste, dès saint Louis, et même auparavant, les chefs de la nation française étaient ceux sur lesquels l'Europe attachait le plus respectueusement ses regards, et les empereurs d'Allemagne, les princes de Castille ou les souverains de l'Angleterre étaient loin, même aux plus mauvais temps de l'histoire de France, d'exercer sur l'imagination des peuples une influence semblable à celle de nos rois. Particulièrement au seizième siècle, et en dépit des grands progrès accomplis par la monarchie espagnole, on regardait le roi de France comme le roi par excellence. C'était Charles VII, qui avait reconquis son royaume aidé d'un ange; c'était Louis XI, qui avait si opiniâtrement défendu son autorité royale et qui avait vu périr Charles le Téméraire; c'était encore Charles VIII, le conquérant de Naples; c'était surtout le roi chevaleresque, le roi des fêtes, l'ami des draps riches, des pierreries, des ciselures, des tableaux, des statues, des châteaux élégants et des grands parcs, le pompeux François Ier, ce magnifique et voluptueux seigneur, dont les gens d'alors ne voyaient que les qualités, et auquel ils pardonnaient ses défauts en pitié de ses infortunes.

Il n'y a pas dans toute la Bibliothèque bleue une oeuvre plus française. Le sentiment national y éclate à chaque page. Voilà le héros qui, en luttant corps à corps, renversa sur le sol le gros Henri VIII, dans les jours de fête du Camp du drap d'or; voilà celui qui fit plus d'une fois peur à Charles-Quint et qui, en dépit de ses défaites, ne cessa de lui résister.