Comment le roi de France, après qu'il eut pris congé du roi
d'Espagne et de la reine, revint en son royaume.

Et enfin, pour abréger, le roi partit d'Espagne; ceux du pays l'accompagnèrent quelque temps, et le roi d'Espagne fit de riches dons au roi et aux barons de France, tellement qu'il n'y en eut pas un de l'armée qui n'en fût content, comme s'il était revenu d'une conquête. Ils retournèrent vite à Paris, où ils furent honorablement reçus; la fête du retour dura dix grandes journées, puis chacun s'en alla revoir sa maison.

X

Comment le roi de France mourut, quelques années après son retour d'Espagne.

Au bout de quatre ou cinq ans, le roi de France devint malade, et à la fin mourut; ce qui causa un grand deuil par tout le pays, et affligea particulièrement la reine. On porta le corps du roi à Saint-Denis [42], où étaient aussi ceux des autres rois de France. Les obsèques faites, la reine prit le gouvernement du royaume et le maintint en paix.

Note 42:[ (retour) ] Saint-Denis près Paris. Il y a une église fameuse qui a dû à Dagobert sa première illustration, et qui depuis a été adoptée pour le lieu de sépulture des rois de France.

XI

Comment le roi d'Espagne eut des nouvelles certaines que le roi
de France était mort et ordonna un grand deuil.

Les nouvelles arrivèrent bientôt en Espagne que le roi de France était mort; ce dont le roi et la reine et les barons menèrent grand deuil. Il n'y eut couvent ou église où on ne fit des obsèques, et le roi et la reine se vêtirent de noir pour un an. Néanmoins il n'y a deuil (et Dieu a fait cela pour le bien) qui au bout de quelque temps ne se passe, quand les gens sont loin les uns des autres.

Le roi et la reine d'Espagne firent élever leur fille honnêtement, lui faisant donner des leçons par les meilleurs maîtres et l'ayant instruite à parler toutes les langues, si bien qu'on n'aurait pu trouver dans tout le royaume une fille plus belle, plus sage et plus gracieuse. Le père et la mère devinrent vieux et leur fille gagna ses quinze ans. Alors ils pensèrent entre eux qu'il était temps de la marier à quelqu'un qui, après eux, conduisît le royaume. Ils faisaient donc demander par tout pays s'il était un mari convenable pour leur fille, ayant de tout point oublié la promesse qu'ils avaient faite au roi de France, si bien que les nouvelles des recherches qu'ils faisaient vinrent au roi d'Angleterre, qui pour lors était veuf. Il songea à envoyer un ambassadeur en Espagne.