Dieu scet se bien sont espluchées
Paroles et menus fatras
Aux chambres de ces accouchées;
Les fenestres ne sont bouchées
Que à faulx et à manches d'estrilles;
Les couches ne sont attachées
Que de grands lardons pour chevilles;
Les carreaux sur quoy seent les filles
Sont pains d'ung tas de semi-dieux;
Les tapis, ce sont evangilles
Et vies à povres amoureux.
Au chevet du lict, pour tous jeux,
Pend ung benoistier qui est gourd,
Avec ung aspergès joyeulx,
Tout plain d'eaue benoiste de court;
La garderobbe, c'est la court
Là où on traicte noz mignons;
Là on n'espargne sot ne sourt;
C'est là où on les tient sur fons.
L'une commence les leçons
Au coing de quelque cheminée,
Et l'autre chante les responz
Après la légende dorée.
Sitost que matine est sonnée,
Il n'y a ne quignet ne place
Que on n'y carillonne à journée;
Il est tousjours la Dedicace.
En la messe il y a Preface,
Mais de Confiteor jamais.
Oncques puis le temps Boniface
Aussi on n'y bailla la paix,
Car il y a entre deux ais
Tousjours quelqu'une qui grumelle
D'entre sa voisine d'emprès,
Qui veult dire qu'elle est plus belle.
Bref, c'est une droicte chappelle,
Et si n'y a prelat d'honneur
Qui ne tâche bien, sans sequelle,
D'avoir place d'enfant de cueur.
L'une comptera de Monsieur,
Et l'autre d'une creature
Qui a cul de bonne grosseur,
Mais il ne vient pas de nature.
L'une dict que c'est enfanture,
L'autre dira qu'il n'en est rien,
Et, pour oster la conjecture,
Chascune faict taster le sien,
S'il est fagotté, s'il est bien,
S'il est troussé, s'il est serré,
S'il est espais, quoy et combien;
S'il est rond, ou long, ou carré.
Tel y a, s'il estoit paré,
Et qu'on lui vist un peu la cuisse,
On le trouveroit bigarré
Comme un hocqueton de Souysse.
Celuy-si, me semble, est bien nice
Qui fonde dessus une maison,
Car, quelque chose que on bastisse,
Le fondement n'en est point bon.
Après qu'on a dit ce jargon,
Tantost après arrivera
Une grande procession
Qui d'aultre matière lira.
L'une d'elles commencera
A resgaudir ses esperitz;
Dieu scet s'elle praticquera
Le tiltre De injuriis!
Quelqu'une, par moyens subtilz,
Ira semer de sa voysine
Qu'elle suborne les amys
Et les chalans de sa cousine;
D'une autre on dira que c'est signe
D'une parfaicte mesnagière
Prester, pour garder sa cuisine,
Son cul plustost que sa chaudière.
S'on touche de quelque compère,
L'une dit qu'il est trop faschant,
L'autre qu'il a belle manière,
Mais il se panche un peu devant,
D'ung tel, il sent son entregent,
Et si luy siet bien à dancer,
Mais il n'a pas souvent argent;
Il ne scet que c'est que foncer.
Quelque vieille va commencer
A filler, qui empongnera
Sa quenoille de Haut tancer,
Son fuzeau de Tout se dira,
Les estoupes de On le sçaura,
Le rouet de J'ay bec ouvert,
Le vertillon de On verra
Le pot aux roses descouvert.
Le fil de la quenoille est vert
Et si delié pour s'enfiler,
Que le grand diable de Vauvert
A peine s'en peut desmesler.
Pour mieux à l'aise vaneler,
On met estoupes par dedans
La saincture de Trop parler,
Et là couche l'on des plus grans.
On empesche langues et dents,
Et mettent leurs soings et leurs cures
Par lardons, broquars, motz piquans
A exposer les escriptures.
C'est ainsy que telz créatures,
En parlant de l'autre et de l'ung,
Lisent le tiltre Des injures.

(Guillaume Coquillart, Poëmes des droits nouveaux, t. 1, p. 134, des œuvres complètes (publiées par M. Tarbé). Reims-Paris, 1847, in-8, 2 vol.)

IV.

L'aultre dira, comme trop medisante:
Hélas! commère, d'une telle gesante
Si vous voyiez la pompe et braguerie,
Vous jugeriez qu'est vraye mocquerie;
Elle a ses lictz, la popine accouchée,
Et mesmement où la dicte est couchée,
Si bien garniz et si très bien à poinct,
Que mieulx en ordre ne sçauroit estre poinct.
Ung lict d'anticque peint d'or, d'asur et d'acre,
Au bort du quel, pour servir de soubdiacre,
Maint ung muguet, trouvères et causeur,
Prothonotaire, ou bien aultre jaseur,
Qu'entretiendra icelle dicte dame
Sans honte avoir, en cestuy monde deame.
Sur une chaire le gallant est assis
Qui de pareilles aura bien cinq ou six,
De fin velours, de drap d'or ou broché;
Sur celles chaires par grand gloire couché;
Lict et couchette, et chambre ou morte soye,
Sont tous garniz de drap d'or ou de soye.
Si la chambre est parfumée et parée,
N'en faut parler; elle est équiparée,
Ou bien y a encor plus de richesse
Qu'en nulle chambre de grand dame ou duchesse,
Et si n'ay paour que disse chose vaine
Quand je diroys qu'est plus fort d'une Royne.
Du demeurant, s'il est bien, Dieu le sçait!
Dessus son corps elle porte un corset
D'ung fin drap d'or frizé, pour vray le diz,
Fourré de martres ils ont veu plus de dix;
Et qui pis est, sans que du propos sorte,
Tous les dimanches en a changé de sorte.
De menestriers, puisqu'il faut que le dye,
Et d'instrument y a telle melodie,
Tant de chansons, d'orgues et de plaisir,
Que vous n'auriez certes aultre desir
Que d'escouter leurs accords et cadences,
Et compasser maintes sortes de dances;
Dancer verrez celles dances lombardes
Que l'on appelle en ce temps cy gaillardes.

(Controverses des sexes masculin et fœmenin. Paris, Denis Janot, etc. 1540, pet. in 8, fº 32, Rº [par Gratien du Pont].)

V.

Le Frère.
Voirement
Que dict-on de nos acouchées?
La Seur.
Qu'on en dict? Tout premièrement,
Les unes sont trop longuement
En leur lict mollement couchées.
Le Frère.
Elz sont bouchées.
La Seur.
Elz sont touchées.
Le Frère.
Ilz leur fault tant mirlificques.
La Seur.
Elz sont visitées et preschées
Et bien souvent plus empeschées
Qu'on est à baiser les reliques.
Le Frère.
Les brasseroles magnifiques...
La Seur.
Riches carcans,
Le Frère.
Tapisserye...
La Seur.
De peur qu'elz ne soient fleumatiques,
Ou trop mègres ou trop eticques,
On vous les sert d'espicerye.
Le Frère.
Hypocras...
La Seur.
La patisserie.
Le Frère.
Couliz de chapons...
La Seur.
Tant de drogues.
Le Frère.
Arrière la rotisserie!
La Seur.
Fy! fy! Ce n'est que mincerie.
Le Frère.
En leur lict, pompeuses et rogues...
La Seur.
Bendées...
Le Frère.
Comme les synagogues
Qu'on voit au portail de l'eglise.
La Seur.
Accouchées ont le temps.
Le Frère.
Les vogues...
La Seur.
Je ne deuil que de vielles dogues
Qui font les sucrées.
Le Frère.
C'est la guyse.
La Seur.
Mon frère, il est temps qu'on s'avise
D'aller autre part caqueter.

(Dyalogue composé l'an mil cinq cent douze pour jeunes enfans [Œuvres de maistre Roger de Collerye, etc. Paris, Bibliothèque elzevirienne de P. Jannet, 1855, in-16].)

VI.

«17.—Deffendons de faire le procès extraordinaire à quelques personnes que ce soit, si ce n'est chez les accouchées ou autres bureaux solennels à ce expressement dediez, ausquels lieux seront traictez et decidez tous affaires d'Estat, et signamment ceux qui concernent les mariages inegaux, soit pour le regard de l'aage, des mœurs ou des biens; et pareillement les bons ou mauvais traictements des maris à l'endroict de leurs femmes, et au reciproque, des femmes envers leurs maris; les entreprinses qui se font par unes et autres dames au pardessus de leurs puissances et dignitez, et, à peu dire, toutes telles matières qui regardent tant la police que le criminel. En quoy nous enjoignons et très expressément commandons à toutes dames, damoiselles et bourgeoises, de quelque état et condition qu'elles soient, vuider sommairement et de plein telles matières, sans aucun respect ou acception de personnes.»