[92] Il est parlé de tous ces voleurs, notamment des Grisons, dans le roman de Francion, liv. 2, histoire de Marsault, Paris, 1663, in-8, p. 74.

[93] On les appeloit aussi Manteaux-Rouges, peut-être parcequ'étant des échappés des galères, ils avoient gardé l'habit rouge, qui étoit déjà au 17e siècle l'uniforme du bagne (Hydrographie du P. Fournier, 1667, liv. 3, ch. 45). Il paroît que des plaintes pareilles à celles qui se trouvent ici finirent par réveiller la police, et par la lancer une bonne fois sur ces bandes nocturnes. Voici en effet ce que nous lisons dans une pièce du temps: «A force de crier après le prévôt des maréchaux de Paris, ils ont fait une capture, depuis peu, de deux cent seize voleurs, au nombre desquels il y avoit vingt-deux Manteaux-Rouges, qui estoient à gage, et qui jetoient par le soupirail des caves ce qu'ils avoient butiné par la ville.» (Les grands jours tenus à Paris, par M. Muet, lieutenant du petit criminel, 1622 [Variétés histor. et littér., avec des notes de M. Ed. Fournier, Paris, Jannet, 1855, in-16, t. 1, p. 198].) Dans la même pièce, p. 202, il est encore parlé des Manteaux-Rouges, allant faire affront à un clerc de taverne du Pied-de-biche, près la porte du Temple, et lui volant son manteau.

[94] C'est-à-dire: lui a donné des cornes comme celles de Moïse. C'étoit une expression consacrée. Passerat la paraphrase ainsi:

Ce nom de cocu vous honore,
Ce nom de cocu vous décore,
Et par ce nom l'on est contraint
De vous adorer comme saint.
Mais advisez si Dieu vous prise
Qui vous fait semblable à Moyse:
Car, quand les tables il reçut,
Soudainement il s'apparut,
Estant descendu de la nuë,
Qu'il avoit la tête cornuë,
Qui me fait croire, en vérité.
Qu'encores a divinité.
(Recueil des œuvres poétiques de Jan Passerat, etc.,
Paris, 1606, in-8º. Consolation aux cocus.)

[95] C'est l'évêché de Paris, alors vacant, et dont on disposa à cette époque, ainsi qu'il sera dit plus loin.

[96] «Il faisoit partir de Paris force convois d'argent, sous prétexte de payer l'armée, mais la plupart demeuroient dans Bloys.» L'ombre de Monseigneur le duc de Mayenne, etc. Recueil des plus curieuses pièces, etc., p. 379.

[97] Monheur est un château près de Toulouse, qui, après la mort de Boesse, s'étoit ouvertement révolté contre le roi. Il résista plus long-temps qu'on ne l'avoit pensé, et, pour comble de disgrâce, les gens de Sainte-Foy massacrèrent à Gontault bon nombre des gendarmes de Luynes. Le connétable s'en affecta jusqu'à tomber malade. Il venoit de s'aliter, quand la place se rendit enfin, le 12 décembre. Il étoit trop tard. «Ce succès si désiré, dit Richelieu, fut à peine ressenti du connétable, que la maladie avoit déjà réduit jusques à l'extrémité, et l'emporta deux jours après, qui fut le quatorzième jour de décembre.» Mémoires (collect. Petitot, 2e série, t. 22, p. 162).

[98] Jean Belot, curé de Mil-monts, étoit alors, comme Morgard ou Mauregard, l'un des plus grands faiseurs d'almanachs. Voici le titre bizarre de celui qu'il avoit publié au commencement de 1621, et qui prédisoit, à en croire nos caqueteuses, la mort du connétable, survenue le 15 décembre de la même année: «Centuries prophetiques revelées par sacrée théurgie et secrete astrologie à M. Jean Belot, curé de Mil-monts, professeur ès mathématiques divines et celestes, auxquelles centuries est predit les evenements, affaires et accidens plus signalés qui adviendront en l'Europe, aux années suivantes jusques en l'an 1626... Paris, A. Champenois, 1621, in-8 pièce.—On se préoccupoit beaucoup, à Paris et dans la province, de ces prophéties d'almanach. Malherbe se croit obligé, par exemple, de rassurer l'un de ses cousins de Normandie sur les inquiétudes que ces prédictions lui donnoient au sujet du voyage du roi, qui venoit de partir pour la Guienne. «Mauregard, lui dit-il, le curé de Mil-monts, et tous les autres faiseurs de prophéties, mentent. Vos astrologues ne sont pas plus clairvoyants qu'eux. Il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus que des autres.»

[99] Ces almanachs étoient partout, je le répète, la grande affaire des caqueteuses. Celles qui sont mises en scène dans une autre pièce parue vers le même temps, Le grand procez et la querelle des femmes du faubourg S.-Germain avec les filles du faubourg Montmartre sur l'arrivée du Régiment des Gardes, etc. Paris, 1623, in-12, p. 1, parlent aussi du curé de Mille-monts (sic), de son almanach, et du diable d'argent «à qui chacun tire la queue», qu'il y a fait peindre.

[100] Richelieu semble croire lui-même à la vérité des prophéties faites au sujet de la mort de Luynes, et va jusqu'à invoquer, comme article de foi, l'almanach du curé devin. «L'almanach du curé de Millemont, dit-il, citant un autre passage que celui auquel il est fait ici allusion, portoit en termes exprès que, depuis le mois d'août jusques à la fin de l'année, un grand Philocomée auroit bien mal à la tête, et seroit contraint de se ranger au lit, avec danger de sa personne; que ce ne seroit pas du tout sa maladie qui lui causeroit ceste fascherie, mais des nouvelles qui lui viendroient de la perte de quelques siennes troupes, qui auroient été mises en fuite; et le même almanach, en la fin, où il mettoit les jours heureux de l'année, remarque particulièrement celui de sa mort, jour heureux pour le roi et son état.» Mémoires de Richelieu, Coll. Petitot, 2e série, t. 22, p. 165.