A PARIS

Chez P. Jannet, Libraire

MDCCCLVIII


INTRODUCTION.

Le recueil de contes publié sous le titre des Cent Nouvelles Nouvelles est tellement connu, que nous croyons pouvoir nous dispenser de parler ici de sa valeur littéraire. Par un hasard singulier, qui ne s'explique pas facilement, on n'en connoissoit pas un seul manuscrit, et toutes les éditions d'un ouvrage qu'on considère avec raison comme l'un des modèles de la vieille prose françoise n'ont été jusqu'à présent que la reproduction plus ou moins correcte des éditions imprimées dans les dernières années du quinzième siècle. Cependant, on voit des indications assez exactes de deux manuscrits des Cent Nouvelles Nouvelles. Dans le Catalogue de la bibliothèque de Gaignat, publié par De Bure en 1769, en deux volumes in-8, nous trouvons, sous le nº 2214: «Le livre des Cent Nouvelles Nouvelles composées pour l'amusement du roi Louis XI, lorsqu'il n'étoit encore que Duc de Bourgogne (sic), manuscrit sur vélin, du quinzième siècle, en lettres gothiques, daté de l'année 1432 et décoré de petites miniatures assez jolies, petit in-folio, mar. cit.» Vendu 100 liv. 1 sol. Un autre catalogue, mais beaucoup plus ancien, l'Inventaire de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne, publié dans la Bibliothèque protypographique (Paris, 1830, in-4, p. 283), nous indique un manuscrit du même ouvrage qui en étoit probablement l'exemplaire original. On y lit: «Nº 1261. Ung livre tout neuf escript en parchemin, à deux coulombes, couvert de cuir blanc de chamoy, historié en plusieurs lieux de riches histoires, contenant cent nouvelles, tant de Monseigneur, que Dieu pardonne, que de plusieurs autres de son hostel, quemanchant le second feuillet, après la table, en rouges lettres: celle qui se baignoit, et le dernier: lit demanda

Voilà tout ce qu'on savoit des manuscrits des Cent Nouvelles Nouvelles, et on les croyoit tous les deux irréparablement perdus, quand, par un heureux hasard, durant une courte visite à Glasgow, j'ai trouvé un beau manuscrit de cet ouvrage dans la précieuse bibliothèque du Musée Huntérien, et qui répondoit assez bien à la description du manuscrit du catalogue de 1769 d'un côté, et à celle du manuscrit des ducs de Bourgogne de l'autre. Ma première idée fut que les trois manuscrits n'en faisoient qu'un, et que j'avois devant les yeux l'exemplaire original de ce célèbre recueil. En effet, je me suis bientôt convaincu que j'avois entre les mains le manuscrit même qui avoit figuré dans le catalogue de Gaignat.—Non-seulement la description de ce Catalogue s'appliquoit parfaitement bien à notre manuscrit, mais la date 1432 s'y trouvoit. La chose s'explique sans difficulté: le docteur Hunter, à qui l'Université de Glasgow doit le musée et la bibliothèque qui portent encore son nom, né en 1728, s'établit à Londres en 1763 et y est mort en 1793. Le catalogue de Gaignat est précisément de l'époque à laquelle le docteur Hunter s'occupoit le plus activement de l'achat des manuscrits. C'est sans doute lui qui acheta pour 100 francs l'exemplaire des Cent Nouvelles Nouvelles indiqué dans le catalogue de 1769.