[Note 582: ] [(retour) ] 582: Fredeg., cap. 24.
[Note 583: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 90.
XII.
ANNEE 604.
Comment Berthoal comte du palais Theoderic fu occis,
et comment le roy Clotaire fu derechief desconfi.
A ce temps estoit Berthoal comte du palais Theoderic, sage homme et cauteleux, fort en bataille, et loial vers son seigneur en ce que il lui livroit en garde; bien se conformoit aus meurs et à la manière le roy. Un autre estoit en la court, Prothadie avoit nom, Romain estoit de nacion; moult paroissoit familier et acointe à Brunehault, comme s'il la maintenist: pour ce fist tant qu'il fu duc d'une duchée que le duc Dalmare avoit devant tenue[584]: et tant plus comme l'acoustumance du pechié croissoit, tant recroissoit plus la volenté la royne de l'avancier et mettre en plus grant estat. Pour ce pourpensa comment elle pourroit faire. En si grant presomcion et en si grant hardiesse monta, que elle pria Theoderic son neveu que il commandast que Berthoal fust occis, et que Prothadie fust maistre du palais. En ce point avoit envoié le roy ce Berthoal atout trois cents chevaliers en Neustrie, (qui ore est apelée Normandie,) pour deffendre ces parties. Mais quant le roy Clotaire le sut, il envoia là un sien fils Merovée et Landri le maistre de son palais à grant plenté de bonne gent pour lui prendre. Berthoal sut certainement par ses espies que ses ennemis venoient sur lui; si vit bien que il n'avoit gent par quoi il leur peut contrester, ni leur effort soustenir sans trop grant meschief. Pour ce s'enfui à garant en la cité d'Orliens. Saint Austrene l'évesque de la ville le reçut moult volentiers. Landri et Merovée vinrent après atout leur ost, ils commencièrent à huchier après Berthoal que il issist hors, pour combattre à eus. Celui-ci respondi: «Vous vous fiez en la grant plenté de gent que vous avez: car vous savez bien que je n'ai mie avec moi ma gent, parquoi je vous peusse seurmonter; mais si tu faisois traire ta gent arrière par tel manière que tu ni je n'eussions aide pour besoin que nul de nous deus eust, je sortirois pour combattre à toi corps à corps.» Landri refusa la bataille dont celui-ci le poignoit. Lors lui dist Berthoal de rechief: «Pour ce que tu n'oses combattre maintenant contre moi, il ne demourera pas longuement que messire le roy Theoderic ne vienne ça, pour deffendre la partie de son règne que tu as saisie, et si sais bien que ton sire le roy Clotaire venra d'autre part. Quant les deus osts donques se combatront ensamble, nous nous combatrons moi et toi corps à corps,[585] si tu le veux ainsi otroier; lors porras sentir ma mauvaistié, et essaier ta proesce et ta valeur.» A cette chose s'acorda Landri par telle condicion, que eust honte et perpétuel reproche celui qui des convenances défaudroit.[586] Cette chose avint le jour d'une feste saint Martin.
[Note 584: ] [(retour) ] Tenue. «In pago ultrajurano post Wandalmarum ab ea dux constitutus.» C'est toute la Bourgogne transjurane.
[Note 585: ] [(retour) ] 585: Corps-à-corps. Fredegaire et, d'après lui, Aimoin ajoutent les mots: «Induamur, ego et tu, vestibus vermiolis.» Ce passage est curieux. Le dernier mot vermeils atteste l'existence d'une langue vulgaire, et les autres celle des mœurs chevaleresques, dès le temps de Fredegaire, c'est-à-dire des le septième siècle.
[Note 586: ] [(retour) ] Fredeg., cap. 26.
Quant le roy Theoderic sut après que le roy Clotaire avoit cette partie de son royaume saisie, il esmeut ses osts le jour mesme de la Nativité nostre Seigneur; à Estampes vint, de l'une des parties de l'iaue de Jugne[587] ordona ses batailles contre le roy Clotaire, qui plus pareceusement ne s'apareilloit pas de l'encontrer; mais pource que le passage de l'iaue estoit estroit, la bataille fu commenciée avant que tout l'ost le roy Clotaire fust outre passé. En ce point que la bataille estoit plénière et l'occision grant d'une partie et d'autre, Berthoal aloit quérant Landri parmi l'estour, et le huchoit que il venist à lui jouster selon les convenances que il avoit à lut fermées. Mais Landri qui bien l'entendi, refusa la bataille et se retrait arrière petit et petit. Berthoal à qui il ne chaloit mais de sa vie, se féri en la bataille au plus dru de ses ennemis, et pour ce que il savoit bien que Brunehault tendoit à l'oster de l'estat et de l'honnour où il estoit et Prothadie mettre en son lieu, il eut plus chier à morir en l'estour en honnour, que à parfaire le remanant de sa vie à déshonneur. Lors se commença à combatre trop vertueusement encontre ses ennemis; ceus qui vers lui venoient occioit de son espée. En ce que il se combatoit ainsi, il s'abandonna trop et s'esloigna tant de sa gent, que il fu avironné de toutes parts; et pour ce que un seul homme ne puet pas durer contre plusours, il fu occis en combatant. A la parfin courut le meschief sur les gens le roy Clotaire; son fils Mérovée fu pris en cette bataille. Lui et Landri tornèrent en fuite, quant ils virent la desconfiture et les meschiefs de leur gent. Le roy Theoderic, qui l'estour avoit vaincu, les chaça jusques à Paris et entra en la cité. Ne sais combien de temps après le roy Theodebert vint à Compiègne avec le roy Clotaire; puis en firent leurs osts retourner sans bataille.