[Note 638: ] [(retour) ] Sagonne. Saône.

[Note 639: ] [(retour) ] Isneleté. Rapidité.

[Note 640: ] [(retour) ] Vincenne. La Vigenne qui prend sa source à peu de distance de Langres et va se jeter dans la Saône, au-dessous de Gray.--Rionne, le Rionna d'Aimoin, est dans Fredegaire nommé Rionova. Je ne l'ai pas retrouvé.

XX.

ANNEE 613.

Comment Brunehaut fut tormentée en vengeance des roys de France
que elle avait fait morir
.

Le roy commanda que Brunehaut fust devant lui amenée, en la présence de toute la baronnie qui là estoit assamblée de France et de Borgoigne, d'Austrasie et de Normendie. Lors eut-il raison et ochoison de descouvrir la grande haine que il avoit de pieça contre elle conceue. Par quatre fois la fist battre et tormenter; après la fist metre sur un chamel, et la fist ainsi fuster[641] parmi tout l'ost. Avant que elle fust destruite, lui reprocha-il, voiant toute la baronnie, les cruautés et les très grandes desloiautés que elle avoit faites et parla en telle manière: «O toi, femme mauldite entre toutes les autres femmes, soubtille et engigneuse à controuver art pour le monde decevoir; comment put onques entrer en ton cuer si grandes cruautés et si desmesurée desloiauté, que tu n'aies pas eu honte ni doutance d'occire, d'empoisonner ni de murdrir si grandes et si nobles généracions des roys de France?--Dix roys as fait mourir dont les uns sont morts par ton conseil, et les autres par tes propres mains; les autres par poisons que tu leur faisois donner, sans les autres comtes et ducs qui sont morts par ta malice. Tu dois périr pour donner exemple au monde, qui es coupable de si grandes félonnies. Nous savons bien que le roy Sigebert, qui fu ton sire et mon oncle, se rebéla par ton conseil contre son frère, pour laquelle chose il reçut mort. Merovée qui mon frère fu, eut la haine son père par toi, dont il morut de crueuse mort: le roy Chilperic mon père feis-tu occire en traïson par tes murtriers. Je ne puis raconter la mort de mon chier père sans dolour et sans larmes, de cui confort et de cui aide je demourois veuf et orphelin. Je ai honte de raconter les osts des frères charnels, les batailles des prochains amis et les mortelles haines que tu as semées ès cuers des princes et des barons; comme le torment et la tempeste du palais et de tout le royaume, ne meus-tu la guerre entre tes neveus, si que l'un en fu occis? car Theoderic qui tes paroles creoit, occist le roy Theodebert son frère, pour ce que tu lui feis entendre que il estoit fils d'un courtillier, et que il ne lui apartenoit de rien: son propre fils Mérovée occist-il aussi à ses propres mains par toi. Bien sait-on que l'aisné fils Theodebert ton neveu fu par toi occis: le moins âgé qui nouvelement estoit né et baptizié hurtas-tu si durement à un pilier, que tu lui feis les yeus de la teste voler: plus encore, le roy Theoderic ton neveu, par qui tu estois à honnour, empoisonnas-tu nouvelement: ses fils qui bastars sont nés pas ne devoient estre héritiers; mais tu as esmeus contre moi bataille, des quels les trois sont jà péris par toi. Des autres occisions des ducs et barons, qui par toi sont avenues, ne parlerai-je ore mie.»[642]

[Note 641: ] [(retour) ] Fuster. Battre de verges.

[Note 642: ] [(retour) ] Fredegaire et les Gesta donnent le sommaire de ce discours. Il est bien dans le caractère des rois Merovingiens, qui firent toujours un grand usage de l'ironie atroce.--Un fils de Clovis, de Clotaire et de Chilperic pouvoit seul froidement accuser Brunehaut de la mort de ceux-là qu'il venoit de faire étrangler lui-même, sous les yeux de la malheureuse reine.

Quant le roy eut toutes ces choses recitées devant le peuple, il se torna vers les barons et leur dist: «Seigneurs, nobles princes de France, mes compagnons et mes chevaliers, jugiez par quel mort et par quels torments doit morir femme qui tant de dolours a faites?» Ils s'écrièrpnt tous que elle devoit périr par la plus crueuse mort que l'on porroit penser. Lors commanda le roy que elle fu liée parmi les bras et par les cheveux à la queue d'un jeune cheval qui onques n'eust esté dompté, et traînée par tout l'ost. Ainsi comme le roy le commanda fu fait: au premier coup que celui qui estoit sur le cheval feri des esperons, il lança si raidement que il lui fist la cervelle voler des deux piés de derrière. Le cors fu traîné parmi les buissons, par espines, par mons, par valées, tant que elle fu toute dérompue par membres. Lors fu acomplie la prophétie Sébile[643] qui grant tems devant avoit esté dite, que Brunehaut vendroit d'Espaigne, par qui morroient grant partie des roys de France; et qu'elle seroit dérompue des piés de chevaus.