[Note 692: ] [(retour) ] De son prince. «Ducis sui motus injuriis.» (Gest. Dag.)
[693]Quant son père sut que il s'en estoit là fui, il fu plus courroucié que devant; sergeans à pié y envoia et leur commanda que ils l'amenassent tout maintenant. Ils se hastèrent d'acomplir son commandement; mais quant ils furent à demie lieue près, ils ne purent avant aler. Au roy retournèrent, lui contèrent ce que il leur estoit avenu, et ce que ils avoient souffert, et ce qui les avoit empeschié, par la divine puissance. Il ne les crut pas, ains cuida que ils eussent trespassé son commandement pour espargner à son fils; les seconds y envoia, et leur commanda que ils feissent sagement ce que les autres avoient laissié à faire par leur négligence. Mais tout ainsi comme il advint aus premiers, advint aus seconds; au roy retornèreut et lui contèrent ce mesme que les premiers avoient fait. Mais le roy fu de si très-grant fierté que onques ne refraignit l'ire de son cuer pour ceste chose; ains essaia à faire par lui-mesme ce que il ne put faire par ses ministres.
[Note 693: ] [(retour) ] Gesta Dagob., cap. 8.
IV.
ANNEE 619.
De l'avision Dagobert, et comment son père lui pardonna son
mautalent par le miracle que il vit.
[694]Tandis que ces choses advinrent, l'enfant Dagobert qui estoit en humble prière vers les corps sains, s'endormit dessus leurs tombes; ainsi comme il dormoit enclin le visage devers terre, il lui fu avis que trois hommes s'eslevèrent devant lui, qui moult estoient de noble estature e vestus de robes resplendissantes, desquels l'un avoit blans les cheveux et sembloit estre de plus grant auctorité que nul des autres. Celui-ci l'araisonna et lui dist en telle manière: «O tu jovenciau qui ci gis, saches que nous sommes ceus de qui tu as oy parler, Denis, Rustic, Eleutère, qui souffrimes martire pour l'amour de nostre Seigneur en preschant la foi crestienne; et gisent dessous toy nos corps en sépulture. Mais pour ce que la vilté de nos sépultures et la povreté de cette maisonnette a abaissiée et atainte nostre mémoire, si tu voloies promettre que tu aorneroies nos sépultures et les tenroies en plus grant honour, nous te délivrerions de la mesaise que tu sueffres pour la paour de ton père, et t'aiderions en tous besoins par la volenté de nostre Seigneur; et pour ce que tu ne cuides que ce soit illusions et fantaisie qui souvent adviennent en dormant, nous te donrons certains signes de la vérité. Car si tu fais ci endroit fouir en terre, tu trouveras nos sarcueils et lettres escrites dessus chacun, qui devisent quels sont ceus qui ci gisent.» A tant s'esveilla l'enfant Dagobert, les noms qu'il avoit oys nommer retint bien en son cuer; moult fu lié et esbaudi de la parole et du confort que il avoit eu en cette avision et fist tout maintenant veux aus saints et aus martirs, que il accomplit puis moult noblement.
[Note 694: ] [(retour) ] Gesta Dagob., cap. 9.
[695]Le roy Clotaire qui voloit sachier son fils hors de la maisonnette aus martirs par soi-mesme, s'aprocha du lieu avec grant plenté de sa gent. Mais la divine puissance qui aussi bien fait sa volenté des roys comme des autres hommes, le chastia comme elle avoit fait les sergens devant; et lui qui les autres reprenoit de mauvaistié, fu fait mauvais ainsi comme ils furent; si put entendre par ce fait que bien que il fust puissant, il devoit obéir à plus puissant que lui. Car les martirs deffendoient leur oste qui à eus s'en estoit fui à garant, et chastioient de loin ses ennemis que ils n'approchassent de lui.[696] Moult fu le roy Clotaire esbahi de cette merveille; il apaisa son cuer et mist jus sa grant ire, à son fils repaira en autour de père, la colpe et son mautalent lui pardonna entièrement. L'enfant issit hors, il revint au palais et eut l'amour et la grace de son père ainsi comme devant. L'enfant Dagobert qui bien eut la vertu des martirs aperceue, fu en grandes prières et en grandes dévocions vers les martirs, moult donna d'or et d'argent pour leur maison orner, grandes possessions et grandes rentes pour le lieu essaucer, comme nous dirons ci-après plus plainement.
[Note 695: ] [(retour) ] Gesta Dagob., cap. 10.