[Note 763: ] [(retour) ] «Ab Amalgario et Arneberto ducibus, et Willibado patricio, interfectus est.» (Gesta Dagob.) Amalgaire étoit duc de la Bourgogne Cis-Jurane, et fut le fondateur du monastère de Bèze, près Dijon.

[764]De là s'en alla le roy à Chalon pour faire droit et justice au peuple, et pour savoir comment le païs estoit maintenu et gouverné: de là chevaucha droit en la cité d'Ostun pour telle besoigne mesme, d'Ostun à Auxerre, d'Auxerre à Sens, de Sens retourna à Paris. Lors laissa la royne Gometrude en une ville qui a nom Romilli[765], par le conseil des François, pour ce que elle estoit brehaigne; serour étoit la royne Sichilde sa marrastre: une autre en espousa qui avoit nom Nantheut[766], pucelle de grant biauté et de grant noblesce[767]; et avoit esté ravie en un moustier, si comme aucunes Croniques disent[768]. Dès le commencement de son règne avoit tousjours usé du conseil saint Ernoul l'évesque de Metz et de Pepin le maistre du palais d'Austrasie. Par eus gouvernoit son royaume, et mesmement celui d'Austrasie noblement et en si grant prospérité, que il estoit aimé et honnouré de toutes manières de gens. Les noms et la force de sa droiturière justice estoient à si grant paour à toutes gens et à toutes nacions, que ils acouroient à lui et se mettoient en sa justice, par grant désirier et par grant dévocion. Le peuple qui marchise aus Huns et aus Esclavons, les Huns mesmes et les Esclavons venoient à lui et se mettoient en sa seigneurie, et lui promettoient que s'il voloit aller après eus en leur païs, ils se rendroient à lui et le recevroient à seigneur. Et quant saint Ernoul fu trespassé à la joie de paradis, il usa tousjours du conseil du devant dit Pepin et de Cunibert l'archevesque de Couloigne: par le conseil de ces prudomes estoit son royaume gouverné en si grant prospérité et en si droiturière justice, que en tous les lieux où il alloit, tout le peuple l'avoit en souveraine amour et en souveraine honneur: plus estoit aimé et honnouré par sa loiauté et par ses loiaus jugemens que nul roy qui devant lui eust régné. En l'églyse Saint-Denis alla, quant il fu retourné du royaume d'Austrasie, pour adorer ses patrons et ses deffendeours; et pria à nostre Seigneur que il féist en lui le bon propos et la bonne volonté de parfaire ce que il avoit commencié par la prière des glorieux martirs: et pour ce que il les reconciliast plus pleinement à son amour, il leur donna à cette mesme heure une ville de Veuquesin[769] qui a nom Estrepigni[770]; et confirma le don par chartre de son séel.

[Note 764: ] [(retour) ] Gesta Dagob., cap. 22.

[Note 765: ] [(retour) ] Romilli. C'est Reuilly, faisant aujourd'hui partie du faubourg Saint-Antoine de Paris.

[Note 766: ] [(retour) ] Nantheut, pour Nanthilde; comme Bruneheut ou Brunehaut, pour Brunehilde.

[Note 767: ] [(retour) ] De grant biauté, etc. Les Gesta disent seulement: Speciosissimi decoris puellam, ce qui me semble différent.

[Note 768: ] [(retour) ] Entre autres celle d'Aimoin, j'ignore d'après qui.

[Note 769: ] [(retour) ] Veuquesin. Vexin.

[Note 770: ] [(retour) ] Estrepigni. C'est aujourd'hui Estrepagny, chief-lieu de canton du département de l'Eure.

[771]Ce très-noble prince le roy Dagobert estoit bien morigené et plein de bonnes graces; car il estoit sage et de subtil engin envers ses familiers et ses hommes de bonne volonté; doux et débonnaire aux bons, aus mauvais et à ceus qui lui estoient rebelles horrible et espouventable, aussi fièrement comme un lyon mettoit soubs ses piés son ennemi. Si avoit maintes fois noble victoire des estranges nations. Aus églyses et aus povres estoit très-large donneur, en chasse de bois se déportoit assiduement, en apertises[772] et en légièreté de corps estoit moult osé, comme celui qui en telle chose n'avoit point de pareil. Et s'il eut en lui aucuns vices qui féissent à reprendre, pour ce que il greva les églyses, telle fois ce fu pour son royaume gouverner et pour aucunes nécessités, ou s'il féist aucunes fois moins sagement que il ne deust par la légièreté de son cuer, si comme tel âge le donne (car nul n'est parfait en toutes choses), l'on doit croire que il put trouver légèrement miséricorde envers nostre Seigneur, par les larges aumosnes que il donnoit; selon l'Escripture qui dist que «ainsi comme l'eau estaint le feu, ainsi l'aumosne estaint le péchié»; et par les prières mesmement des saints et des saintes ausquels églyses il fonda et enrichi tous les jours de sa vie par tout son royaume: car plus s'étudioit en si faites œuvres de miséricorde que nul roy qui devant lui eust régné.