[Note 809: ] [(retour) ] Marregliers. «Matricularii», les dispensateurs des deniers de la fabrique; d'où nos marguilliers.

[810]En l'an après, commencièrent les Gascons à guerroier contre lui; au royaume qui eut esté son frère le roy Haribert cueillirent maintes proies et firent maints dommages. Ses osts fist assembler au royaume de Bourgoigne, et les conduisit Adoin[811], un des grans maistres du palais; pour ce le fist principal chevetain que il estoit bon chevalier et sur, et eut esté esprouvé en maintes batailles au tems le roy Theodoric. Dix autres ducs mist avec lui pour les osts conduire, Haribert, Almagaire, Leodebert, Gandalmaire, Galdric, Hermanric, Baronte, Hairbert qui estoient drois François de nation, Ramelene qui estoit Romain, le patrice Guillebaut qui estoit Bourguignon, et Agine qui estoit né de Saissoigne[812]. Tous ceus furent envoiés en cet ost contre les Gascons, sans les autres comtes qui n'avoient nulle chevetaine sur eux[813], par toutes les terres s'espandirent. Et les Gascons issirent des vallées, et descendirent des montagnes, et vinrent contre eus à batailles ordonnées; petit soutinrent la bataille, le dos tournèrent et s'enfuirent, car ils virent bien qu'ils ne povoient longuement durer, et François les enchacièrent, et en occirent une partie ès montagnes, et les autres fuirent ès vallées et se tapirrent ès forteresses des lieux. Mais l'ost les suivit si de près, que il en occist une partie, leurs villes et leurs maisons furent robées et puis arses. Et quant les Gascons virent que ils furent ainsi desconfits et mis au dessous, si mandèrent pais aus chevetains de l'ost, et promirent que ils se présenteroient devant le roy Dagobert et se mettroient en sa justice pour faire sa volonté. Ces convenances plurent à Adoin et aus autres chevetains. Ainsi s'en fust l'ost retourné sans nul grief et sans nul dommage, si le duc Haribert et aucuns des plus anciens de ceus que il avoit à conduire n'eussent esté occis par leur négligence. Car les Gascons les assaillirent et les occirent ès destroit d'une vallée qui a nom Robola[814]; et tous les autres retournèrent en France sains et saufs à victoire et à grans despoilles de leurs ennemis.

[Note 810: ] [(retour) ] Gesta Dagob., cap. 36.

[Note 811: ] [(retour) ] Adoin. «Adoindum referendarium.» (Gesta D.)

[Note 812: ] [(retour) ] Ces onze ducs et les comtes qui n'ont pas le douzième duc pour les commander, sont également nommés dans Fredegaire: ils rappellent les douze pairs de France, comme cette expédition rappelle la journée de Roncevaux.

[Note 813: ] [(retour) ] Sur eux. «Qui ducem super se non habebant.» (Gest. D.)

[Note 814: ] [(retour) ] Robola, ou plutôt comme l'écrit le plus ancien de nos guides, Fredegaire, Rubola. C'est la vallée de la Roule, qui touche aux anciennes gorges de Boncevaux.

[815]Le roy Dagobert qui à Dieu et à tous ses sains estoit dévot, fist saint Denis héritier de plusieurs villes, et conferma le don, par l'autorité de son seel, de Champaigne-ville, d'une autre qui a nom Camliacense[816], que une bonne dame lui avoit laissiée, de Tivernon qui siet en Orlénois; cette ville lui avoit eschangié saint Fargeau l'évesque d'Ostun, et de quatre autres villes qui siéent au terroir de Paris, Clippi[817], Idcina[818], Sauz et Aiguepainte; et de Laigni sur Marne qui siet au terroir de Meaux, que le roy avoit eschangié au duc Bobon. Et par dessus tout ce, donna-il cent vaches que il recevoit chacun an de rente de la duchée du Mans. De si très-larges dons et de si nobles enrichit-il l'églyse de Saint-Denis, en espérance que les martirs le deffenderoient des ennemis du corps et de l'ame, comme ils lui avoient promis quant il s'endormit sur leur tombeau.

[Note 815: ] [(retour) ] Gesta Dagob., cap. 37.

[Note 816: ] [(retour) ] Ce dernier membre de phrase est mal traduit: «Campania villa quæ sita est in pago camliacense