[Note 270: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 6.

Il advint que le roy Chilperic vint à ost banie[271] avec Sigebert son frère encontre les Saisnes[272]. La royne Audovère demeura en l'hostel enceinte: Frédégonde, qui entour elle estoit avec une autre chambrière, lui dist quant elle eut une fille enfanté: «Dame, faites l'enfant baptiser isnelement, pour que le roy ait double joie quant il retournera, quant il aura une nouvelle fille recouvrée et de ce qu'elle sera en saints fons régénérée.» La royne cuida que elle lui donnast bon conseil: pour ce commanda que l'on quist une matrone, qui la levast de fons et fust sa mère spirituelle. Frédégonde respondi que l'on ne pourroit trouver femme plus noble qu'elle pour telle chose faire. Ainsi fu la royne déceue, sa fille leva de fons par le conseil la desloiale Frédégonde, et fu sa mère en deux manières, corporellement et spirituellement, ce qui estre ne pouvoit ni ne devoit. Quant Frédégonde sut que le roy aprochoit, elle se hasta d'aler encontre, elle lui dit ainsi: «Com est aujourd'hui le roy Chilperic glorieux, qui retourne à victoire de ses ennemis à qui une nouvelle fille est née, Childehinde, qui tant sera noble et de forme et de beauté. Mais ce sera grande douleur et chose qui bien doit estre esquivée, si madame Audovère gist à nuit avec le roy Chilperic.» Le roy qui fu esbahi de telles paroles, lui demanda pourquoi elle le disoit. Celle-ci conta comment la chose estoit allée, en semblant qu'elle en fust dolente. Quant le roy oït ce, il dist: «S'il est ainsi que Audovère soit par droit de moi déseurée, je te prendrai par mariage, si seras compaigne de mon lit.» A tant entra le roy au palais, la royne, qui avoit esté déceue par sa simplèce, lui vint devant, sa fille entre ses bras, qu'elle avoit par deux fois diversement engendrée, charnellement et spirituellement. Le roy lui dist: «O toi royne, tu as fait une chose dont tu dois estre moult reprise et blasmée: tu as levée ta propre fille des fons que tu avois de ta chaire engendrée. Je ne te puis avoir par mariage par ce que tu es ma commère.» Le roy envoya en exil l'évesque qui l'enfant avoit baptisé: la mère et la fille mist dans un moustier, et leur donna assez rentes et possessions. Frédégonde, qui par sa malice avoit tout ce pourchascié, espousa le roy Chilperic par mariage.

[Note 271: ] [(retour) ] Ost banie. Armée convoquée.

[Note 272: ] [(retour) ] Saisnes. Saxons.

En ce point advint une besoigne et une nécescité au roy Sigebert son frère. Kacanus, le roy d'une gent qui est apellée Huns, entra en son royaume pour sa terre gaster et destruire. Le roy alla encontre atout grande armée pour sa terre deffendre. Bataille y eut grant; Sigebert surmonta ses ennemis et moult en occist, le remanant pacifia. En ce point qu'il estoit ainsi contre cette gent, son frère le roy Chilperic qui selon ses mœurs aimoit tousjours discorde et querelles, vit que son frère eut sa terre vidée et desgarnie de gent, à Rains vint, qui estoit la plus noble cité du royaume de son frère; soudainement la prist pour ce qu'elle estoit despourvue: car les citoyens ne cuidassent point qu'il fist ce, contre son frère. Quant le roy Sigebert sut ce, il fu moult courroucié, tantost lui rendi le mérite de ce fait: car il saisi la cité de Soissons qui de son royaume estoit chef, et soumist le peuple à sa seigneurie. Théodebert son fils qu'il trouva en la cité, mist en prison; mais il le rendit à son père qui le requist; joyaus et dons lui donna au départir, et lui fist jurer avant qu'il fust délivré que jamais machination ni guerre ne lui feroit. Le serment ne dura pas longuement ferme et stable: car il se combati contre lui; mais il fu desconfi, et il reçut, outre sa volonté, les conditions de pais.

[273]En ce point, les Saisnes qui déjà estoient entrés en Italie avec leurs femmes et leurs enfans par l'assentiment et la volonté du vieux Théodebert retournèrent en France à grant force de gent. Mummoles le séneschal du roy Gontran leur vint encontre, pour refréner leur cruauté; tant les mena par force d'armes qu'il les chassa et les fist retourner en Italie dont ils estoient issus. En l'an qui après vint, les Saisnes revindrent derechef jusques au Rhosne pour passer en France. Mais ledit Mummoles leur deffendit le passage. Tant firent envers lui à la fin par dons et par pécune qu'il leur donna congié de passer parmi la terre qu'il deffendoit et de aller outre, jusques au royaume Sigebert. Mais il les reçut si noblement, qu'il les rechassa là dont ils estoient venus. En ce qu'ils retournoient en leur païs, ils déçurent mains marchans en leur voie: car ils leur vendoient et changeoient grant pièces de cuivre doré, par tel art qu'il sebloit que ce fust fin or. Par cette fraude furent aucuns menés à si grant povreté qu'ils s'en dolirent puis tous les jours de leur vie. Mais les Saisnes, pour ce que par telle desloyaulé les avoient déçus, portèrent la peine de leur malice assez tost après comme par divine vengeance. Car les Souaves et les autres nations qui marchissoient à eux entrèrent en leurs terres, ensemble se combatirent par trois batailles, desconfis furent les Saisnes et menés à si grant confusion qu'ils perdirent entour vingt mille de leurs gens. Ceus qui de celle occision purent eschaper firent pais, en telles conditions comme, leurs ennemis voulurent deviser.

[Note 273: ] [(retour) ] Aimoini lib. III, cap. 7.

II.

ANNEES 565/567.

De la mort l'empereour Justinien; et comment les Romains
accusèrent Narses faussement vers l'empereour
.